"Plusieurs facteurs défavorables à la croissance belge"

Philippe Ledent

Avec une croissance nulle en 2010, la Belgique ferait selon le FMI moins bien que le reste de la zone euro. Le FMI ne donne pas d'explication à cette mauvaise prestation de la Belgique. L'Echo a tenté d'en savoir plus en interrogeant Philippe Ledent, économiste chez ING et professeur d'Economie à l'UCL.

Bruxelles (L'Echo) -

  • Pourquoi est-ce que la croissance prévue par le FMI pour la  Belgique en 2010 est nulle, alors que l'organisation internationale est moins pessimiste pour le reste de l'économie européenne ?

Philippe Ledent, économiste chez ING et professeur d'Economie à l'UCL, pointe tout d'abord que la Belgique est entrée en récession " assez tard " par rapport à la France et à l'Allemagne. Sur base des données actuellement disponibles, la Belgique est entrée en récession quasiment deux trimestres après la France et l'Allemagne. La sortie de la récession se fera donc plus tard,  selon  l'économiste qui en veut pour preuve que la France et l'Allemagne ont connu un taux de croissance positif au deuxième trimestre, alors que la Belgique était en négatif.

Outre ce décalage entre le cycle économique de la Belgique et celui de ses grands voisins européens, Philippe Ledent pense qu'il y a également plusieurs variables qui font que la reprise est plus lente en Belgique : l'état des finances publiques, la formation des salaires et le niveau du pouvoir d'achat.

"L'état des finances publiques implique que les plans de relance sont plus modestes en Belgique ", explique l'économiste. Les plans de relance étant plus modestes, la croissance s'en voit donc moins stimulée. Il faut dire que la Belgique présente un taux d'endettement plus élevé que la moyenne européenne.  En 2009, l'endettement exprimé en pourcentage du produit intérieur brut est en moyenne en Europe de 80%, alors qu'il atteint plus de 90% en Belgique. En 2011,  ces taux passeront respectivement à 90% et à plus de 100%. Philippe Ledent précise que "le scénario le plus optimiste prévoit un taux d'endettement de 100%, alors que le scénario le plus pessimiste arrive à 105% ".

La formation des salaires risque également de peser sur la reprise. Philippe Ledent constate que la Belgique sort d'une période (2007/2008) de forte inflation et que les salaires ont donc été indexés en 2009 via les mécanismes d'indexation automatique. Le problème c'est que l'indexation a été plus forte que chez nos voisins, ce qui implique que le " handicap salarial ne s'est pas résorbé ". " Cette indexation a lissé les effets de la crise, mais le revers de la médaille va pointer le bout de son nez ", prévient l'économiste. Les entreprises pourraient en effet " moins profiter de la reprise " ou moins engager de personnel.


Le consommateur a lors de la crise bénéficié d'une inflation faible ou négative, ce qui a engendré une progression de son pouvoir d'achat. Mais l'économiste prévoit que ce pouvoir d'achat ne va pas beaucoup progresser en 2010 car l'inflation va augmenter et qu'il y aura peu d'embauches.  " Le revenu disponible en souffrira, tout comme la consommation qui représente le plus gros poste de la demande intérieure ", conclut-il.

  • Parmi les risques qui pèsent sur la reprise, le FMI pointe en particulier celui lié au marché immobilier. La conclusion du FMI s'applique-t-elle à la Belgique ?  

" Selon les chiffres du FMI, la Belgique est le pays où les prix de l'immobilier sont le plus surévalués ", souligne Philippe Ledent qui dit s'attendre à une " légère correction du marché immobilier ". " Toute la question est de savoir quel effet cette correction aura sur l'économie belge ", poursuit-il. Le marché secondaire pourrait bénéficier de la baisse des prix, ce qui pourrait nuire au secteur de la construction. Mais dans le même temps, l'Etat a abaissé le taux de tva sur une tranche de la facture des nouvelles constructions.  Au final les deux effets s'opposent et l'impact devrait être minime sur l'économie, selon Philippe Ledent.

Quid des conséquences sur l'épargne des ménages et la consommation ?

L'impact ne devrait pas être significatif. " Sur base d' études antérieures, on constate que l'effet richesse est faible car le Belge moyen utilise son bien immobilier pour se loger, et non à des fins spéculatives comme par exemple aux Etats-Unis ", explique-t-il. Il note cependant que les études se basent sur les vingt dernières années, période qui n'avait jamais connu de baisse de prix. " Nous sommes donc face à une certaine incertitude ". Mais il prédit que s'il devait y avoir un impact, il serait " limité ".

Le FMI envisage dans ses prévisions un scénario de " reprise  timide ". ING s'inscrit dans cette optique ?
ING table également sur un scénario de reprise timide, compte tenu notamment d'une politique budgétaire restrictive, ou de la faible progression du pouvoir d'achat. " Mais le FMI est trop pessimiste ", commente Philippe Ledent. ING prévoit en effet une croissance d'un pour cent pour l'année 2010 en Belgique, alors que le FMI table sur une croissance nulle.

  • Le Bureau du plan a fait savoir il y a  deux jours que l'impact de la crise financière exerce un impact non négligeable à la baisse sur le PIB potentiel de la Belgique et qu'elle devrait continuer à peser sur les conditions de l'offre au cours des prochaines années.

" Tout dépend de la définition donnée à la croissance potentielle. Il y a deux écoles", souligne Philippe Ledent.  Il faut en effet distinguer les évolutions cycliques et les évolutions structurelles. La croissance potentielle est selon lui influencée par les évolutions structurelles comme la croissance ou la décroissance démographique. 
S'il est conscient que la crise est un choc énorme pour l'économie, il pense néanmoins que la croissance potentielle du pays n'a pas été bouleversée par cette onde de choc.  

Sébastien Procureur

A vos agendas:  Philippe Ledent analyse l’impact de la crise sur l’emploi, ce samedi dans L’Echo Week-end.

 


 

 

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