Polititologues : un débat hexagonal satisfaisant les deux camps

Le débat télévisé qui a opposé mercredi soir Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, a été "extraordinairement hexagonal" et a pu contenter les électeurs de chacun des camps, selon des politologues consultés par l'AFP.

(afp) "Cela n'a pas de sens de dire qui a gagné: si on est sarkozyste, on va considérer que Nicolas Sarkozy est largement vainqueur et vice-versa", a jugé Thierry Vedel, politologue, spécialiste de communication politique.

"Des deux côtés, ils ont parlé à leurs électeurs et très peu de l'ouverture et le nom de François Bayrou n'a été évoqué qu'à la fin alors que l'on pensait que l'un et l'autre feraient en sorte de s'adresser aux électeurs centristes", a renchéri le constitutionnaliste Didier Maus.

Pour lui, comparé aux précédents (1974, 1981, 1988, 1995) le débat a été "extraordinaire hexagonal", centré sur "les préoccupations au jour le jour des Français". "Cela ressemblait davantage à un débat de super chef de gouvernement que de chef de l'Etat avec une vision sociétale ou spatiale".

D'où, selon M. Vedel, "un débat assez technique très centré sur les positions, assez peu sur les valeurs, parfois très terre à terre avec quelques batailles de chiffres".

Le politologue Philippe Braud a noté que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy n'avaient pas cité le PS et l'UMP. "Il y avait beaucoup de +moi je+", a-t-il dit.

"Les critères d'appréciation du succès ou de l'échec étaient différents pour chacun des deux candidats. La campagne électorale a formaté les critères d'appréciation à partir desquels, à tort ou à raison, ils seront jugés. Ségolène Royal Royal ne devait pas apparaître incompétente, Nicolas Sarkozy ne devait pas donner l'impression d'être porté à déraper. Sur ce terrain crucial, chacun a réussi à surmonter le défi et à s'en tenir très honorablement", a-t-il jugé.

Pour le politologue Pascal Perrineau, alors que "tout le monde s'attendait, parce qu'il y avait des stéréotypes sur chacun des deux candidats, à ce que le dérapage vienne de Nicolas Sarkozy, il n'est pas venu de lui, il est venu de Ségolène Royal et d'une certaine manière, c'était assez inattendu avec des mots forts, une accusation de mensonge, une accusation d'immoralisme et avec peut-être derrière la colère comme vue pour faire vaciller le candidat de la droite".

Même sentiment chez M. Braud, pour qui "chacun a essayé de déstabiliser l'autre par des remarques acerbes (Mme Royal) ou sarcastiques (M. Sarkozy), sans résultat tangible".

"Ségolène Royal s'est révélée pugnace et a dû combler ses partisans", a-t-il poursuivi, soulignant que M. Sarkozy était "resté courtois". Pour lui, dans l'incident entre les deux candidats sur les handicapés, "la + colère + assumée de Ségolène Royal (a donné) l'impression d'une sorte de renversement des situations. C'est elle et non M. Sarkozy qui (a semblé) perdre le contrôle de soi".

Didier Maus a relevé que Nicolas Sarkozy avait "joué à fond: + il y a des problèmes et j'ai des solutions+," tandis que Ségolène Royal "a prolongé les débats participatifs". Il a jugé Mme Royal "moins précise" se plaçant sur le registre du "je veux", et M. Sarkozy "plus précis" sur le registre du "je souhaite".

Pour lui, elle a eu "un discours plus autoritaire dans le vocabulaire" que son compétiteur.

M. Maus a estimé en outre que Mme Royal avait "moins concédé de qualités à son adversaire que celui-ci ne lui en avait accordées".

Il a également jugé que le débat traduisait la "droitisation de la campagne que l'on avait pu sentir, avec un Nicolas Sarkozy plus à droite que Jacques Chirac et Ségolène Royal plus à droite que Lionel Jospin".

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés