Portrait d'un «animal politique»

Le président français Jacques Chirac - 74 ans, dont quarante-deux de vie publique - a connu une formidable longévité politique au prix de nombreuses métamorphoses. Il a été deux fois président, deux fois Premier ministre et 18 ans maire de Paris.

(ats) Et il a remporté ses deux victoires présidentielles de 1995 et 2002 en déjouant tous les pronostics.

Ses partisans voient en lui un homme chaleureux, généreux, «toujours attentif aux autres». Ses adversaires le décrivent comme un président «versatile», sans vision, «plus capable de conquérir le pouvoir que de l'exercer».

Dialogue des cultures

Ses biographes s'accordent toutefois à reconnaître que l'homme est bien plus complexe que l'image qu'il a longtemps donnée: un bon vivant au parler cru, amateur de bière mexicaine et de tête de veau, s'adonnant avec appétit aux bains de foule, «caressant le cul» des vaches dans les salons agricoles.

Car cet homme toujours en mouvement est aussi un amoureux de l'Asie, expert passionné de sumo, grand défenseur des «peuples oubliés», artisan du dialogue des cultures.

Dans sa jeunesse, il s'est embarqué sur un bateau à destination des Etats-Unis où il a travaillé pendant plusieurs mois comme serveur.

Député de Corrèze

Mais ce fils unique est finalement resté fidèle à son milieu bourgeois en intégrant l'Ecole nationale d'administration qui forme les élites française. C'est à cette époque qu'il rencontre sa future épouse, Bernadette Chodron de Courcel, dont il aura deux filles, Laurence et Claude.

Sa toute première élection, ce gaulliste pragmatique la remporte en 1965 dans un bourg de Corrèze, un département rural du centre de la France dont il sera député pendant près de 30 ans.

Sa carrière politique est fulgurante: ministre sans interruption de 1967 à 1974, deux fois chef de gouvernement, sous le président de centre-droit Valéry Giscard d'Estaing de 1974 à 1976 puis lors d'une «cohabitation» avec le socialiste François Mitterrand de 1986 à 1988.

Deux échecs à la présidentielle

Il est élu trois fois maire de Paris de 1977 à 1995. De ce bastion parisien, il se lancera par deux fois, sans succès, à la conquête de l'Elysée, en 1981 et 1988. Autant d'échecs qu'il saura surmonter avec une énergie hors du commun.

Elu président en 1995, il est largement réélu en 2002 (82 % des voix face au leader d'extrême droite Jean-Marie Le Pen), cinq ans après avoir commis une faute politique majeure: la dissolution de l'Assemblée nationale qui, majoritairement à droite, bascule alors à gauche en lui imposant une longue cohabitation avec le Premier ministre socialiste Lionel Jospin.

Ses nombreux combats lui ont valu la réputation d'un «tueur» faisant le vide autour de lui. Mais il n'a pu empêcher cette année la marche vers le palais présidentiel de l'Elysée de Nicolas Sarkozy, devenu son rival en se ralliant en 1995 à Edouard Balladur.

Déclin en 2005

Chirac a aussi été comparé à un «caméléon»: avocat d'un travaillisme à la française dans les années 1970, il se fait celui du libéralisme dix ans plus tard, avant de dénoncer la «fracture sociale» en 1995.

Sa fin de règne a été marquée par son «année noire» de 2005: fiasco du référendum européen, émeutes dans les banlieues et accident vasculaire cérébral qui alimentera les interrogations sur son état de santé.

C'est à cette époque que, selon les enquêtes d'opinion, les Français ont tourné la page du «chiraquisme»: plus des trois-quarts d'entre eux ne souhaitaient pas qu'il brigue un nouveau mandat.

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