RDC: les électeurs motivés pour les premiers scrutins libres en 40 ans (update)

Les citoyens de République démocratique du Congo ont commencé à voter dimanche pour élire leur président et leurs députés, lors des premiers scrutins libres en plus de 40 ans dans l'ex-Zaïre. Les premiers bureaux ont ouvert à 06H00 (04H00 GMT) dans l'Est et une heure plus tard dans l'Ouest où se trouve la capitale Kinshasa, en raison d'un décalage horaire dans ce pays grand comme l'Europe occidentale.

(afp) Aucun incident majeur n'avait été signalé quatre heures après le début de ces scrutins historiques, qui doivent mettre fin à une délicate transition lancée en 2003 après une guerre régionale de près de 5 ans ayant impliqué sept pays africains.

Des files de centaines d'électeurs se sont formées partout dans les grandes villes du pays, de la capitale Kinshasa à Goma (Nord-Kivu, est) ou Lubumbashi (Katanga, sud-est).

"C'est vraiment une très grande joie. Depuis que je suis né, je n'ai jamais voté", a déclaré à l'AFP Jérôme Amza, 45 ans, qui patientait depuis minuit devant un bureau du centre de Goma.

Chajabo Butiaindi, une grand-mère de 60 ans aux traits marqués, est une des premières à voter: "Je fais ça pour mes enfants. Nous sommes très fatigués par la guerre, je souhaite que le pays soit en sécurité".

Dans le territoire rural de Kabare, au Sud-Kivu (est), les électeurs, majoritairement des femmes, ont commencé à voter dans un silence recueilli, visiblement très émus. Des observateurs de l'Union européenne scrutaient les listes électorales, placardées comme prévu sur les portes des bureaux de vote.

Plus de 25 millions d'électeurs votent pour départager 33 candidats au premier tour de la présidentielle, combiné avec des législatives à un seul tour où 9.707 prétendants se disputent 500 sièges.

Les 50.000 bureaux de vote devaient fermer en principe à 17H00 locales et le dépouillement devait commencer immédiatement. Les résultats du premier tour de la présidentielle seront connus d'ici à trois semaines et ceux des législatives communiqués au fur et à mesure dans les circonscriptions.

Le président sortant, Joseph Kabila, est le grand favori de la présidentielle. Il affronte ses ennemis d'hier, dont les ex-chefs rebelles et vice-présidents Jean-Pierre Bemba et Azarias Ruberwa, des mobutistes et des opposants. Bemba s'est affirmé au cours de la campagne comme son principal challenger.

Seule Mbuji-Mayi, ville diamantifère du centre du pays et fief de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, opposition) qui boycotte les scrutins, s'est réveillée dans une atmosphère tendue. Peu d'électeurs ont osé passer outre l'appel à "rester à la maison" lancé par le parti d'Etienne Tshisekedi et des groupes d'adolescents ont jeté des pierres sur une voiture de journalistes.

A Lubumbashi, deuxième ville du pays, comme à Kinshasa, les interminables listes de candidats aux législatives (346 à 867 noms) imprimés sur des bulletins de 4 à 6 pages, laissaient les électeurs perplexes.

L'agacement gagnait les files d'attente et les gens votaient hors des isoloirs, faute d'éclairage suffisant dans les bureaux, ont rapporté des journalistes de l'AFP.

A l'exception de l'UDPS, l'ensemble de la classe politique congolaise, les confessions religieuses et la communauté internationale avaient appelé à un "vote massif".

Ces scrutins sont placés sous la surveillance de près de 80.000 policiers congolais, de 17.600 Casques bleus et d'un millier de soldats européens, mobilisables en cas de "troubles graves". Leur régularité sera scrutée par 47.000 observateurs nationaux et 1.500 internationaux ainsi que plus de 193.000 témoins de partis politiques et de candidats indépendants.

"C'est le grand jour qu'on attendait", a déclaré à l'AFP Antoine Moninga, un chômeur de 41 ans habitant Kinshasa. "Nous allons avoir des dirigeants choisis par nous-mêmes. C'en est fini des gens qui ont toujours parlé au nom du peuple sans mandat".

(photo: belga)

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