Reynders: « la lutte contre l'inflation n'est pas du seul ressort de la BCE »

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Les ministres des Finances de la zone euro ont décrété la mobilisation générale contre l'inflation qui rogne le pouvoir d'achat. Dans une interview accordée à L'Echo, Didier Reynders expose son point de vue sur le sujet.

Bruxelles (L'Echo) -

 

Le message de l'Eurogroupe sur le danger des hausses de salaires ne vous paraît-il pas trop orthodoxe?

Un des messages importants de Brdo, c'est que la préoccupation de lutter contre l'inflation n'est pas seulement une préoccupation de la BCE, mais qu'il s'agit aussi du rôle des budgets, et donc des ministres des Finances. Dans le débat sur les finances publiques, on doit pouvoir également maîtriser les effets inflatoires. Par exemple, comme dans le cas de la Belgique, par une augmentation du salaire poche, en diminuant la fiscalité sur les revenus, plutôt que par une évolution à la hausse des coûts bruts pour les entreprises.

C'est ce que vous avez expliqué à vos collègues en leur présentant l'accord de gouvernement ?

Oui. Il ne s'agit pas seulement d'un débat institutionnel pour savoir comment les régions peuvent jouer un rôle plus important dans l'activation des chômeurs. Mon intention est que l'on essaie lors de la négociation de l'accord interprofessionnel, de faire passer le message que ce qui compte, c'est le salaire poche et son évolution dans les prochaines années, ainsi que le coût salarial du côté de l'entreprise, sans impact inflatoire. Ce sera déterminant. Ne pourrait-on pas avoir un accord avec les partenaires sociaux pour le gouvernement mette sur la table ce qu'il a annoncé ? A savoir des baisses de charge pour les entreprises, sur les bas salaires, sur les heures supplémentaires, le travail de nuit ou en équipe, ainsi que des diminutions d'impôt sur le revenu pour les travailleurs. Avec comme conséquence, une modération salariale acceptée pendant la durée de l'accord interprofessionnel.

Ces baisses de charges et des impôts, cela nécessite des marges budgétaires. Vous les avez ?

C'est aussi ce qu'on m'a dit lors de la réforme fiscale de 2001. En 2000, on avait une croissance forte. Puis on a eu quatre années à 1%. Mes collègues européens sursautent toujours quand je leur explique qu'en Belgique, on paie 45% d'impôts dès que l'on gagne plus de 17.610 euros bruts par an. C'est le gros problème de notre pays : le salaire poche est amputé de manière beaucoup trop forte trop tôt. C'est là qu'on voit qu'il y a un vrai problème de charge fiscale sur le travail. D'où l'idée de parler de l'évolution nette des salaires, et pas seulement de l'évolution brute.

Le FMI est-il trop pessimiste pour notre pays?

Probablement. Globalement, le FMI a sorti des chiffres qui ne correspondent pas aux prévisions de la Commission européenne et de la Banque Centrale Européenne, ni à ceux de la plupart des Etats membres. Il est vraiment beaucoup trop tôt pour rectifier quoi que ce soit. On a fait un budget en février sur base des chiffres disponibles au mois de juillet. On ne va pas le modifier au mois d'avril. On a un peu l'impression que le FMI généralise un peu trop vite une impression de récession qui existe aux USA. Et même avec une prévision de 1,4% de croissance pour la Belgique, on reste encore au-delà de ce qu'on a connu durant la réforme fiscale, dont on dit parfois encore aujourd'hui qu'elle avait une très grande ampleur. Le but n'est pas non plus de faire une nouvelle réforme sur un an… Mais on restera dans un cadre budgétaire où on devra aller vers des surplus. Mais je m'inscris aussi en faux contre l'idée que seuls des surplus budgétaires constitueraient une façon de prendre en charge les coûts du vieillissement. La manière la plus efficace, c'est d'augmenter le taux d'emploi.

Comment avez-vous accueilli la réflexion de Jean-claude Trichet sur l'indexation des salaires en Belgique ?


Les réflexions sur le salaire poche, c'est aussi une réponse à la critique de Jean-Claude Trichet sur l'indexation automatique des salaires. J'ai également rappelé en séance lors de l'Eurogroupe qu'il ne s'agissait pas d'une indexation automatique, mais qu'il y a un mécanisme d'index santé, avec un lissage dans le temps et une répercussion qui ne se fait pas de manière immédiate.r

Propos recueillis par O.G.

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