Sarkozy, le favori du second tour qui doit conquérir le centre

Arrivé clairement en tête du premier tour de la présidentielle française, le candidat de droite Nicolas Sarkozy aborde le duel final en favori, mais devra néanmoins livrer bataille contre la socialiste Ségolène Royal pour les voix du centre, clef du scrutin selon les analystes.

(afp) La plupart d'entre eux soulignaient dimanche soir que le score élevé du centriste François Bayrou, troisième avec 18,55%, rendait le second tour ouvert malgré l'avance de plusieurs points de Nicolas Sarkozy.En outre, le 6 mai pourrait tourner au "référendum pro ou anti-Sarkozy", autour d'une personnalité qui, malgré sa force, "pose problème" à beaucoup, selon le politologue Roland Cayrol."Je ne connais pas de précédent concernant un futur président potentiel qui provoque tant de haine et de rejet", jugeait Dominique Reynié, chercheur en sciences politiques.Néanmoins, soulignait l'analyste Dominique Moïsi, "si on ajoute l'extrême droite, la droite et la moitié du centre, Sarkozy est en position extrêmement confortable".De premiers sondages d'intentions de vote pour le second tour donnaient dimanche soir Nicolas Sarkozy vainqueur avec 52% à 54% des voix. Selon les baromètres, les électeurs de M. Bayrou se reporteraient à environ 45% pour Mme Royal, alors que de 39% à 54% choisiraient M. Sarkozy, celui-ci récupérant par ailleurs 75% de celles du candidat d'extrême droite Jean-Marie Le Pen.Les sondages des dernières semaines avant le premier tour donnaient tous Sarkozy vainqueur d'un éventuel duel avec Royal.Dimanche, les candidats des deux grands partis ont totalisé près de 57% des voix: 31,11% des voix pour Sarkozy et 25,84% pour Royal, au terme d'un vote marqué par une très forte participation (84,6%), liée au souvenir de l'élimination de la gauche en 2002 par Le Pen.

Les candidats des deux grands partis ont donc mobilisé leur camp avec succès.

Toutefois, ni l'addition des forces de gauche, ni celle des forces de droite ne permettent d'atteindre les 50% nécessaires à la victoire: la gauche fait un peu plus de 36%, score historiquement faible, et la droite sans Bayrou 44%.Pour succéder à Chirac, Sarkozy et Royal doivent donc de toute évidence viser le centre.Autour de 7 millions de Français ont voté pour Bayrou, qui s'est posé en candidat anti-système prônant le dépassement du clivage gauche-droite et qui a fédéré, au-delà de son camp, les voix d'électeurs de droite et de gauche déçus ou effrayés par Sarkozy et Royal, et restés longtemps indécis.

Les partisans des deux finalistes tournaient donc dimanche soir leurs regards vers Bayrou, en quête d'une consigne de vote qui n'est pas venue.Pour s'assurer des sièges de députés, l'UDF centriste pactise habituellement avec la droite. Si Bayrou n'appelait pas à voter Sarkozy, ses troupes le paieraient probablement aux législatives prévues en juin.Royal doit maintenant tendre la main aux soutiens de Bayrou après avoir rejeté l'idée d'une alliance gauche-centre, que prônaient certains socialistes comme l'ex-Premier ministre Michel Rocard.

"Le 'tout sauf Sarkozy' sera son mot de ralliement", mais elle doit aussi susciter "une dynamique" plus positive, jugeait l'éditorialiste de l'hebdomadaire L'Express Christophe Barbier, pour récupérer une part significative des suffrages de Bayrou.Sarkozy doit, quant à lui, réussir un grand écart délicat: attirer le plus possible de voix du centre sans en perdre trop à l'extrême droite.

Car environ 20% des suffrages de Le Pen peuvent se reporter sur la gauche, dans une logique "anti-Sarkozy", préviennent les analystes.Une consigne de vote de Le Pen pourrait peser lourd. En 1988, le leader d'extrême droite avait refusé de trancher entre Mitterrand et Chirac, vus comme "le pire et le mal". François Mitterrand avait été réélu.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect