Siniora accuse Israël de massacre

Israël a intensifié lundi son offensive meurtrière au Liban, où le Premier ministre Fouad Siniora a éclaté en sanglots après avoir accusé l'armée israélienne du "massacre" de plus de 40 personnes dans un bombardement délibéré au Liban sud.

(afp) Devant les ministres arabes des Affaires étrangères réunis en urgence à Beyrouth, en soutien au Liban, M. Siniora a énuméré les attaques les plus sanglantes depuis le début le 12 juillet de l'offensive israélienne au Liban, qui a déjà fait plus de mille morts, civils en majorité.

"Le dernier massacre a eu lieu il y a quelques heures, c'est un carnage épouvantable à Houla - un village du Liban sud - où plus de 40 martyrs sont tombés", a affirmé le Premier ministre.

Selon un premier rapport de police, 45 civils étaient enfouis sous les décombres de maisons détruites à Houla et dans deux villages voisins, théâtres de violents affrontements entre Israël et le parti chiite libanais Hezbollah dans la nuit de dimanche à lundi.

En prononçant son discours d'ouverture de la réunion, M. Siniora a éclaté en sanglots alors qu'il demandait aux ministres arabes leur aide pour obtenir un "cessez-le-feu immédiat et inconditionnel".

Il s'était une première fois mis à sangloter en disant: "Nous n'acceptons plus que le Liban soit un champ de bataille pour les combats des autres, quelles que soient les justifications".

Son discours a été accueilli par une ovation des ministres, qui se sont tous levés.

L'aviation israélienne a pilonné lundi sans relâche le Liban, de l'est au sud du pays ainsi que la banlieue sud de Beyrouth, un bastion chiite du Hezbollah, tuant une vingtaine de civils, selon des bilans de la police, détruisant routes et maisons.

A Tyr, la cité portuaire à 83 kilomètres au sud de Beyrouth, complètement isolée du reste du pays, au moins cinq civils ont été tués dans l'effondrement d'un bloc de trois immeubles, cible de deux raids successifs, selon des secouristes.

Le bloc d'immeubles visé est situé dans le périmètre où un commando de la marine israélienne avait mené, samedi à l'aube, une "opération spéciale" au cours de laquelle Israël a reconnu avoir eu sept blessés dans ses rangs. Le Hezbollah a affirmé que ses combattants avaient tué un des membres du commando et en avaient blessé trois autres.

16 personnes avaient auparavant été tuées depuis l'aube, notamment sept civils morts sous les décombres de leur maison détruite dans un raid sur Ghassaniyé, un village au sud de Saïda jusque là épargné.

Quatre autres civils avaient été tués dans le bombardement d'un village au sud-est de la ville de Nabatiyé, à 70 kilomètres au sud-est de Beyrouth.

Au lendemain de la journée la plus sanglante pour l'Etat hébreu depuis le 12 juillet, avec quinze Israéliens, dont douze soldats, tués dimanche sous les roquettes du Hezbollah, une partie du commandement militaire israélien a prôné lundi un élargissement de l'offensive terrestre contre le Hezbollah, a annoncé la radio militaire israélienne.

Le Premier ministre Ehud Olmert et le ministre de la Défense Amir Peretz doivent maintenant décider s'ils acceptent cette approche.

"Il faut une occupation de deux à trois semaines d'une zone de sécurité au Liban sud, puis un nettoyage de ce secteur pour diminuer sensiblement les tirs de roquettes à courte portée", a déclaré le ministre sans portefeuille Eytan Cabel.

Israël a déployé au Liban sud environ 10.000 soldats depuis le lancement le 12 juillet de son offensive visant à neutraliser les bases du parti chiite Hezbollah, qui venait de capturer deux soldats près de la frontière israélo-libanaise, et faire cesser les tirs de roquettes sur le nord de l'Etat hébreu.

"L'objectif numéro un est de faire cesser les tirs de roquettes ou de les réduire au minimum", a affirmé lundi le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Avi Dichter.

"Dans ce but, aucune limite de temps n'a été fixée à l'armée qui poursuivra ses opérations sans avoir à tenir compte d'un cessez-le-feu aussi longtemps qu'il n'aura pas été instauré", a-t-il ajouté.

Sans être parvenus jusqu'à présent à stopper cette escalade militaire, les pays membres du Conseil de sécurité de l'Onu vont tenter de négocier un accord sur un projet de résolution visant à mettre fin aux combats et permettre le déploiement au Liban sud d'une force internationale.

Mais le Liban, appuyé par les pays arabes, a rejeté le projet de résolution préparé par la France et les Etats-Unis, auquel il reproche de ne pas exiger un retrait immédiat des troupes israéliennes du Liban dès la fin des hostilités.

Le représentant libanais à l'Onu a demandé des amendements à ce texte, qui font l'objet de discussions depuis dimanche.

Pour appuyer le rejet du plan par Beyrouth, les chefs de la diplomatie des 22 pays membres de la Ligue arabe se sont réunis lundi dans la capitale libanaise.

Les ministres devaient également discuter d'un projet de sommet arabe consacré à la crise.

L'exigence d'un retrait israélien rencontre l'opposition de l'Etat hébreu, qui ne souhaite retirer ses soldats qu'après le déploiement d'une force multinationale dans le sud du Liban, et a prévenu que ses opérations militaires se poursuivraient d'ici là.

La Syrie et l'Iran, considérés comme les deux parrains du Hezbollah, ont violemment rejeté le projet de résolution. Damas avait brandi dimanche la menace d'une "guerre régionale", et a assuré que la Syrie répondrait "immédiatement à toute agression" venant d'Israël.

photo belga

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