Violents combats entre Israël et le Hezbollah dans le sud du Liban

De violents combats opposaient jeudi l'armée israélienne au Hezbollah chiite dans le sud du Liban mais Israël assurait reporter l'extension de son offensive, décidée mercredi, pour donner une chance aux efforts en cours à l'Onu.

(afp) Les soldats israéliens ont pris le contrôle de la ville de Marjayoun, à environ 7 km à l'intérieur du Liban, a indiqué la police libanaise. L'armée israélienne a également pris position aux portes de Khiam, au sud de Marjayoun. Une colonne de blindés, appuyée par des tirs d'artillerie, a affronté toute la nuit les tirs de roquettes antichars des miliciens chiites, alors que Khiam était pilonné par les bombardiers israéliens. Le Hezbollah a de facto confirmé la percée de Tsahal en affirmant que ses "combattants mènent d'âpres combats" à Khiam avec les unités israéliennes "faisant des morts et des blessés". Mercredi soir, l'armée israélienne avait procédé à d'importants mouvements de troupes à la frontière entre le nord d'Israël et le Liban sud, tandis que l'artillerie israélienne pilonnait systématiquement le sud du pays du Cèdre. L'annonce de ces combats a suscité des interrogations sur un début de l'offensive terrestre d'envergure, après le feu vert donné par le cabinet israélien de sécurité à une extension des opérations militaires. Un porte-parole de l'armée israélienne a cependant assuré que cette offensive n'avait pas encore été lancée et qu'il s'agissait d'une "opération ponctuelle" contre les positions du Hezbollah.

Selon l'ensemble des médias israéliens, jeudi, citant des responsables politiques, la décision d'étendre les opérations terrestres au Liban sud a été momentanément suspendue pour donner une chance aux efforts diplomatiques en cours à l'Onu. Par ailleurs, de violents combats ont également opposé le Hezbollah aux soldats israéliens qui tentent d'avancer sur un autre axe, à l'ouest de Khiam, près de al-Jibbaine, à cinq kilomètres au-delà de la frontière. Cette région du sud est celle où le gouvernement libanais s'est dit prêt à déployer 15.000 hommes dès le retrait d'Israël dans le cadre d'un règlement du conflit qui va entrer dans son deuxième mois. Mercredi soir, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah s'est rangé à cette proposition. Ce projet, prôné par Beyrouth pour reprendre le contrôle du sud du pays, bastion du Hezbollah, vise à arracher un amendement au projet franco-américain de résolution qui prévoit l'arrêt des hostilités mais sans demander le retrait de Tsahal. Ce projet de résolution dont le gouvernement libanais demande une modification permettrait à Israël de maintenir temporairement ses troupes au Liban, où 10.000 soldats israéliens sont déjà déployés.

"Si le gouvernement libanais est prêt à envoyer 15.000 soldats dans tout le sud du Liban, cela aidera beaucoup le Liban, et les amis du Liban, à faire pression pour modifier le projet de résolution" au Conseil de sécurité de l'Onu, "ce qui ouvrira la voie à une solution politique à la crise", a déclaré M. Nasrallah. Le chef du Hezbollah a aussi exhorté les habitants arabes de Haïfa, la troisième ville d'Israël, déjà visé par plusieurs salves de roquettes, à partir de chez eux. Côté israélien, le cabinet de sécurité a décidé mercredi d'élargir son offensive terrestre au Liban sud. Celle-ci, selon le vice-Premier ministre et ministre du Commerce Eli Yichaï, devrait durer encore "plus de 30 jours". Cette réunion de six heures, la "plus difficile" tenue depuis le début de la guerre, selon les médias, a "approuvé les plans du ministère de la Défense et du chef d'état-major en vue de l'extension des opérations au Liban", a déclaré M. Yichaï. Il a ajouté que le Premier ministre Ehud Olmert et le ministre de la Défense Amir Peretz "doivent maintenant décider du moment opportun pour étendre les opérations". Le ministre n'a pas mentionné jusqu'à quelle profondeur seraient menées les opérations à l'intérieur du Liban, où Israël veut établir une zone de sécurité et éloigner les combattants du Hezbollah de la frontière. Mais l'état-major et M. Peretz ont proposé de les étendre jusqu'au fleuve Litani et même au delà. Ce fleuve coule d'est en ouest à une distance de 5 à 30 kilomètres de la frontière avec Israël selon son cours. Alors que ses combattants continuent à défier Israël avec des tirs de roquettes quotidiens sur le nord du pays, Hassan Nasrallah a affirmé que le Hezbollah avait conservé intacte sa capacité de frappe.

"Nous allons transformer la terre du sud en tombeau pour les soldats de l'adversaire", a-t-il assuré. Au Liban sud, des combats rapprochés entre le Hezbollah et l'armée israélienne ont infligé mercredi les pires pertes enregistrées en une seule journée à Tsahal avec 15 morts et 38 blessés. A New York, les efforts au Conseil de sécurité en vue de la rédaction d'un projet de résolution retouché sur un cessez-le-feu semblaient piétiner. Et les cinq "Grands" du Conseil de sécurité ont terminé leurs discussions mercredi en faisant état de progrès modestes, décidant de se réunir à nouveau jeudi matin. La France et les Etats-Unis divergent sur les moyens de prendre en compte le point de vue libanais, et le président français Jacques Chirac a averti qu'en cas de blocage, Paris pourrait faire cavalier seul et déposer son propre texte. Selon une source diplomatique à l'Onu, la France a proposé un aménagement du projet de résolution suggérant que le retrait des forces israéliennes ne s'effectue que graduellement. Selon la proposition française, les "troupes libanaises devraient commencer à se déployer au Liban sud en coordination avec la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban) au moment où les forces israéliennes commenceront à se retirer derrière la Ligne bleue", soit la frontière entre le Liban et l'Onu.

(photo: belga)

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