La "Belgique" au secours de la dette américaine

©RV DOC

À lui seul, notre pays aurait compensé la baisse de 50 milliards de dollars des investissements de la Chine dans la dette américaine. La Belgique aurait ainsi colmaté la brèche du marché obligataire mondial.

Une nouvelle démonstration du surréalisme belge? En décembre, notre pays a en tout cas enregistré une remontée fulgurante au classement des détenteurs d'obligations américaines.

Selon les dernières statistiques du Département du Trésor, la Belgique détenait fin de l'année dernière près de 260 milliards de dollars. Cela fait de nous les quatrièmes détenteurs mondiaux de dette US, devant le Brésil, la Suisse ou le Royaume-Uni.

Jusque-là, rien d'étonnant pour qui ne s'intéresse pas à la capacité d'investissement autorisée par les avoirs belges. Si ce n'est que notre créance à l'égard des États-Unis a visiblement augmenté de 56,2 milliards de dollars (+28%!) entre le 1er et le 31 décembre. Et ce, alors que le portefeuille belge de dette américaine variait entre -5 et +10% lors des onze mois précédents. 

À elle seule, la Belgique a couvert 70% de la hausse des investissements internationaux en bons du Trésor et joue ainsi un rôle principal dans le boni qu'ils ont pu afficher fin 2013 (5.795 milliards de dollars).

Mais, plus que l'impressionnant accroissement de notre exposition aux obligations des États-Unis (le "fiscal cliff", ça vous rappelle quelque chose?), c'est probablement le timing qui éveillera la curiosité des observateurs du marché obligataire. Car, de nouveau à elle seule, la Belgique a comblé le vide laissé par la Chine.

Retrait massif de Pékin

Lors de ce fameux mois de décembre 2013, le premier créancier international des États-Unis a drastiquement réduit sa dépendance aux obligations américaines. Contre toute attente, et de façon difficilement explicable vu les niveaux historiques de ses réserves de liquidités, la Chine a diminué de 48 milliards de dollars ses investissements en Treasury.

L'opération avait d'abord pris au dépourvu les intervenants de marché puisque la Fed, la banque centrale américaine, venait d'annoncer qu'elle freinerait ses rachats de dette propre. Ensuite, cette vente d'une cinquantaine de milliards de dollars laissait craindre une loi des séries, à savoir l'allègement chaque mois par la Chine d'un montant équivalent qu'il conviendrait d'absorber pour le bien du marché mondial des taux.

Autrement dit, vu le contexte en décembre dernier, il semblerait que la Belgique ait servi de précieuse rustine en rachetant plus généreusement qu'à l'accoutumée la dette US... que vendait la Chine.

Reste à savoir quel détenteur se cache vraiment derrière l'appellation "Belgique" reprise dans les données du Département du Trésor américain: l'Agence de la dette, la Banque Nationale de Belgique, la Banque centrale européenne ou un dépositaire central de titres?

Une simple adresse belge

Ces montants colossaux attribués à la Belgique reviendraient en fait à Euroclear, le géant international des services post-marché basé à Bruxelles.

Euroclear a pour tâche de veiller au bon déroulement des transactions financières, à l'instar du règlement et de la livraison des obligations américaines, que le groupe liquide sur des comptes ouverts auprès de la BNB.

Dans son récapitulatif mensuel, le Département du Trésor américain ne prendrait pas soin de distinguer la nationalité des clients de la société de clearing du territoire où elle siège.

Les épargnants et nos banquiers centraux n'ont donc pas placé un quarantième de notre patrimoine net global en dette US. La Belgique n'aurait finalement qu'une responsabilité mineure dans ces investissements réglés via elle... essentiellement par des banques internationales.

Subsistent dès lors deux interrogations face à l'ampleur des sommes investies: qui sont ces acheteurs de dette américaine transitant par Euroclear et pourquoi sont-ils expressément passés par la Belgique en décembre?

 

Des suggestions, questions ou remarques?
N'hésitez pas à contacter l'auteur par mail francois.remy@lecho.be 
et suivez-le sur les réseaux sociaux via @francois_remy

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés