En dépit de notes financières dégradées, des sociétés se défendent bien en Bourse

Introduite en Bourse en 2005, Telenet a les plus mauvaises notes financières du Bel 20.

Les sociétés disposant de notes financières défavorables sont diversement appréciées sur les marchés boursiers. Les raisons.

Investir dans les actions de sociétés dont la dette est mal appréciée auprès des agences de notation financière, est-ce vraiment une bonne idée? Si l’on sait que les notes attribuées par ces agences sont d’ordinaire fonction de la qualité du bilan financier de l’entreprise elle-même, le simple bon sens indiquerait de rester à l’écart des actions de ces sociétés. Plus une société affiche un bilan défavorable, moins elle a de chances d’obtenir une bonne cote pour les crédits qu’elle sollicite.

Les obligations qui nous intéressent en ce moment sont celles qui sont les moins bien notées, chez Standard & Poor’s, soit entre "BB +" et "NR". Du fait des risques qu’elles font courir à leurs détenteurs — celui de ne pas rembourser à l’échéance par exemple —, ces obligations offrent un rendement élevé. Et sont habituellement appelées "obligations pourries" ou "junk bonds".

Des "junks" recherchés, d’autres moins

Vu sous cet angle, et si l’on considère que les actions sont déjà par définition un produit à risque, il peut paraître insensé de s’intéresser aux actions de telles entreprises. Et pourtant, à suivre le parcours boursier de certaines d’entre elles, force est de constater qu’elles intéressent des investisseurs.

Dans l’indice Bel 20 de la Bourse de Bruxelles par exemple, Telenet, qui est la seule société de l’indice à disposer de notes défavorables ("B +") pour ses obligations à long terme, l’action affiche une hausse de 15% depuis le début de cette année, contre 2,3% à peine pour le Bel 20.

Au passage, il est bon de savoir qu’à peine 10 sociétés du Bel 20 sont suivies par des agences de notations.

À Paris, Renault progresse de 31% dans le CAC 40, qui compte 3 entreprises négativement notées.

À Francfort, le DAX 30 qui renferme pas moins de 5 sociétés de ce type, HeidelbergCement avance de 12% contre 4,4% pour l’indice, Continental de 17% et Fresenius SE de 7,7%.

À l’inverse, des actions comme Lafarge à Paris (+ 1% depuis janvier), ArcelorMittal (-32%) ou encore ThyssenKrupp (-18%) à Francfort, sous-performent le marché, parfois même largement.

Question de perspectives

Comme justifier l’intérêt des investisseurs pour certaines des actions des sociétés mal notées financièrement parlant, et leur désintérêt pour d’autres, en particulier pour les valeurs sidérurgiques? L’environnement économique mondial y est probablement pour quelque chose. Mais on ne peut s’empêcher de constater que Lafarge et HeidelbergCement, qui évoluent dans le même secteur économique, affichent des comportements plutôt divergents en Bourse.

La question de la "perspective" de la note de leurs dettes à long terme (négative pour Lafarge et stable pour le groupe allemand), qui laisse entrevoir une amélioration ou non de leur notation, voire une nouvelle dégradation, pourrait bien constituer un élément, dont les investisseurs prennent en compte. Cela expliquerait pourquoi les deux cimentiers évoluent de façon différente en Bourse.

Pour ThyssenKrupp et ArcelorMittal, qui supporte une lourde dette, la perspective est négative.

Un nouvel abaissement de la note d’une dette entraîne une hausse des coûts de financement pour une société qui, par ricochet, risque de réduire ses bénéfices futurs, voire le montant des dividendes distribués aux actionnaires.

L’envolée récente des taux d’intérêt sur les marchés des obligations ne fait qu’amplifier ces risques. Depuis le rebond des taux obligataires amorcé le 22 mai dernier, l’action Telenet accuse une chute de 9,7% à Bruxelles. Parallèlement, sur le marché secondaire des obligations, le taux de sa dette (6,375%) arrivant à échéance en novembre 2020, s’est envolé de 16,6% à 5,90%.

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