"Gare à la tentation de l'austérité"

Dans ses perspectives pour les marchés financiers, la banque Pictet s'inquiète d'un resserrement brutal des conditions fiscales susceptible d'affecter la croissance économique.

Selon Pictet & Cie, l’économie européenne est à un tournant. Mercredi, à Bruxelles, Alexandre Tavazzi, membre du comité d’investissement de la banque, a évoqué deux scénarios aux conséquences diamétralement opposées pour l’avenir économique de la zone euro. Selon sa première hypothèse, la croissance sera au rendez-vous en 2011, ce qui permettrait aux États de sortir de l’ornière de la crise de la dette souveraine, favorisant un retour de la confiance entre les banques qui financeraient donc davantage le tissu économique, encourageant ainsi la croissance. Par contre, si la croissance fait défaut, les gouvernements auront encore plus de mal à résorber leurs dettes, celles-ci pesant alors sur les bilans des institutions financières qui se montreront plus frileuses en matière de crédit aux entreprises, sapant encore davantage la croissance économique.

L’économie de la zone euro est donc sur le point de s’engager dans une spirale positive ou négative. L’orientation de celle-ci dépendra notamment de la réaction des gouvernements à la crise de la dette souveraine qui affecte la Grèce et menace d’autres pays du sud tels que l’Espagne. "Les gouvernements craignent d’être les prochains sur la liste et sont tentés par l’austérité budgétaire au pire moment, analyse Alexandre Tavazzi. Nous sommes sur le point d’assister à une erreur majeure de politique coordonnée!" Et d’insister sur le "risque principal, à savoir un resserrement brutal des conditions fiscales", ce qui pourrait peser sur la croissance économique. Or, souligne-t-il, "les marchés ne jurent que par la croissance". Mais "encore faut-il que les politiques le comprennent"!

Selon Pictet, les exportations pourraient être la planche de salut de la zone euro. Au troisième trimestre, les mesures du gouvernement chinois pour éviter une bulle immobilière devraient avoir produit leurs effets. La levée de ces contraintes dans la foulée devrait soutenir la croissance des pays émergents et les exportations européennes. D’autant que la valeur de l’euro devrait continuer à s’éroder face au dollar, anticipe Pictet.

Le seul problème est que les exportations favoriseront davantage des pays comme l’Allemagne que ceux qui en ont le plus besoin, à savoir la Grèce, le Portugal et l’Espagne. Pour ceux-là, la seule issue consiste à faire baisser les salaires et les prix pour retrouver la compétitivité qui leur fait défaut. À condition que l’Allemagne accepte de perdre de la compétitivité! "Dans ce contexte, je peine à comprendre le plan d’austérité allemand", indique Alexandre Tavazzi.

La politique de la BCE sera aussi capitale. Celle-ci a opéré une "véritable volte-face" en acceptant d’acheter des obligations étatiques, estime l’économiste qui attend de voir comment la BCE gérera les risques de déflation sous-jacente qui, selon lui, se profilent. La bonne nouvelle, pour Tavazzi, est que les marchés suivent le scénario pessimiste. Ce qui lui fait dire que si l’économie s’engage plutôt dans une spirale positive, les cours boursiers pourraient bondir de quelque 20 %.

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