Il n'y a pas moins chères que les actions russes

Leur ratio cour/bénéfice attendu (7,8) est désormais 42 % plus bas que celui des "big caps" mondiales. Une opportunité à saisir en misant sur des titres comme Gazprom?

Parmi les grands marchés boursiers, la Russie se distingue en s’affichant comme le moins cher, avec un ratio cours/bénéfices (P/E) attendu pour 2011 de 7,8. Parmi les 59 indices actions suivis par Bloomberg, seuls le Venezuela (1,58), le Pérou (1,94) et Chypre (4,9 %) font mieux en la matière que l’indice de référence de la Bourse de Moscou, le Micex. De manière générale, les "blue chips" russes se révèlent près de deux fois moins onéreuses que la valorisation moyenne (12) des grosses capitalisations mondiales.

Deux facteurs expliquent cette faible valorisation relative. D’une part, les actions russes ont été moins prisées par les fonds de placements internationaux que les actions des trois autres grands pays émergents (Brésil, Inde et Chine) réunis sous la bannière "BRIC". Les fonds d’actions russes ont, selon EPFR Global, attiré 637 millions de USD de capitaux au premier semestre, contre 3,3 milliards de USD pour les fonds d’actions chinois, 1,3 milliard de USD pour les fonds indiens et 1,9 milliard de USD pour les fonds brésiliens. Ce qui n’empêche que les gains boursiers 2010 de la Bourse moscovite (11 % en euros) sont plus élevés que ceux de ses trois "concurrents" (9,8 % en moyenne et toujours en euros). D’autre part, leur croissance bénéficiaire est la plus vive qui soit depuis au moins 2003 : les prévisions des analystes récoltées par IBES laissent entrevoir une progression de 28,4 %. Les bénéfices progressant plus vite que les cours, il est normal que le ratio P/E s’atténue…

Profiter de la décote russe…

Reste à savoir si l’aspect bon marché des actions russes peut être considéré comme une opportunité d’achat?

Pour Jim O’Neill (notre photo), l’ancien président de Goldman Sachs Asset Management et père de l’acronyme "BRIC", "les P/E attendus des actions russes sont réellement bon marché […] et pourraient se révéler, pour ceux qui veulent être opportunistes, un placement très intéressant".

La valorisation du Micex a fondu de près de 44 % sur les douze derniers mois et est désormais nettement inférieure à sa moyenne depuis 2006 (15,8). Plus évocateur encore, la décote de valorisation du Micex par rapport à l’indice MSCI consacré à l’ensemble des Bourses mondiales (42 %) est actuellement près de deux fois supérieure à sa moyenne depuis 2006.

Ce qui signifie, si l’on pousse plus avant le raisonnement de Jim O’Neill, que les investisseurs, qui jouent massivement les économies émergentes à forte croissance, pourraient être incités à revenir sur un marché qu’ils ont un peu délaissé ces derniers mois. À moins d’imaginer une rechute de l’économie globale comme aux pires moments de la crise financière en 2008, il paraît difficile d’imaginer que le P/E russe puisse retomber à ses planchers de l’époque (3,3).

D’autant que l’expansion économique du pays devrait, selon le Fonds monétaire international, être de 4,3 % en 2011, contre 4 % cette année. Une légère progression qui contrastera avec la décélération attendue dans les autres pays BRIC où les mesures visant à combattre les pressions inflationnistes commenceront à faire ressentir leurs effets. La croissance chinoise devrait passer de 10,5 % à 9,6 %. En Inde, le PIB ralentira de 9,7 % à 8,4 %. Et au Brésil, la contraction pourrait être encore plus sensible (de 7,5 % à 4,1 %).

Jim O’Neill reconnaît que la Russie "est structurellement l’élément le plus faible des quatre plus importants pays émergents". Mais "la situation russe est loin d’être aussi sombre que ce que d’aucuns semblent le penser". La croissance bénéficiaire des sociétés russes devrait être de 28,4 % (MSCI Russie) cette année, contre 27,4 % en Chine, 23,2 % en Inde, et 17,8 % au Brésil.

… sous trois angles

Si l’on veut profiter de la décote de valorisation des actions russes, il est impossible de faire l’impasse sur le secteur énergétique qui représente près de 50 % du Micex. On songe, en particulier, à son principal représentant, Gazprom, qui est aussi la plus grande société russe cotée. L’action se traite à seulement 4,3 fois ses bénéfices attendus, soit 10 fois moins que son concurrent chinois Petrochina. Et son cours est susceptible, selon le consensus de marché Bloomberg, de s’apprécier de 25 % d’ici 12 mois, contre 12 % pour Petrochina (coté à Hong Kong).

Autre groupe particulièrement avenant sous l’angle des P/E, la banque Sberbank, qui est le plus grand prêteur du pays, affiche une valorisation près de 40 % inférieure à celle de son concurrent indien ICICI Bank. Peu de banques peuvent se targuer de disposer de dépôts aussi importants (ils représentent 77 % de ses actifs, contre une moyenne de 55 % pour ses pairs). Son potentiel d’appréciation s’élève à 45 %, contre 11 % pour ICICI.

Bien que le retailer alimentaire OAO Magnit ne brille pas, lui, par son P/E (29,8), il est toutefois nettement plus prometteur que celui de son concurrent chinois Wumart Stores (P/E de 39). En outre ses bénéfices par action devraient croître de 91 % en deux ans, soit quasi deux fois plus vite que Wumart.

Mais ces recommandations ne doivent pas faire oublier que la Russie, dont la dette à long terme reste notée "BBB" (soit deux crans seulement au-dessus de la catégorie des emprunts spéculatifs), risque de connaître en 2011 une croissance bénéficiaire (+16,2 %) quasi deux fois moindre que cette année. Les actions ne sont pas si bon marché sans raison… Bref, des actions à consommer malgré tout avec modération.

 

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