La Bourse du Brésil "trop bon marché"

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La Bourse brésilienne sous-performe ses consœurs émergentes. La crainte est de voir l’économie nationale poussée dans ses derniers retranchements par l’inflation. Opportunité en vue?

Comme une reine du carnaval en fin de soirée, la Bourse de São Paulo s’effondre. Depuis son sommet de l’année, qui remonte au 3 janvier, le baromètre des actions, le Bovespa, a perdu 15% de sa valeur. À titre de comparaison, le MSCI BRIC a limité son repli sur la même période à moins de 10%.

Plus que d’autres, le marché d’actions brésilien craint d’observer, impuissant, une croissance économique plus lente en Chine. Le Brésil est essentiellement exportateur de matières premières, consommées en grandes quantités par son partenaire commercial chinois. L’indice paulistano accuse de fait une forte sensibilité aux cours des ressources de base, particulièrement chahutés cette semaine.

En plus, les pondérations les plus lourdes au sein du Bovespa reviennent au groupe minier Vale et au géant de l’or noir, Petrobras, toutes deux à plus de 8%. "La contre-performance du Bovespa est donc assez logique. Des investisseurs lui ont collé l’étiquette ‘commodities’ et sanctionnent son exposition", explique Frank Vranken, Chief Investment Advisor chez BNP Paribas Fortis Private Bank.

La punition se montre telle que l’indice vedette toucherait presque le fond. "La valeur comptable pour l’entièreté de la Bourse est juste en-dessous de 1. En atteignant 1, la majorité des titres ne seraient pas à même de dégager un rendement au-delà du coût du capital", poursuit Frank Vranken.

Outre le diktat des ressources de base, l’envolée des prix à la consommation pèse sur la tendance. Inquiétant en effet pour un pays dont le PIB dépend à 60% de la consommation. L’inflation galopante remplume le spectre de la récession.

 

Volte-face monétaire

En réaction, la banque centrale brésilienne a relevé ses taux d’intérêts mercredi, à 7,5%, contre 7,25%, le plancher historique. Objectif: ramener le taux d'inflation sous le seuil de tolérance, fixé à 6,5%.

Il n’y a pas si longtemps, ces mêmes argentiers évoquaient une guerre des devises. Elle trouvait que la monnaie nationale était trop chère par rapport au dollar. Entre-temps, les paramètres ont changé. Notamment le niveau du billet vert par rapport au réal brésilien, plus aussi coûteux qu’il était à l’époque de ces commentaires.

Pourtant, les banquiers centraux de Brasília ont gardé une stratégie plus laxiste qu’il le fallait, pour affaiblir la monnaie. "Ce qui les amènent aujourd’hui à opérer un virage à 180°. Tout ça parce qu'on a délaissé l’infrastructure, ce qui génère des effets inflationnistes beaucoup plus rapides. Mais seule une politique monétaire sur le long terme influencera la tenue du Bovespa", précise le responsable des investissements de BNPP Fortis Private Bank. 

Surtout que le Brésil a tout pour plaire: pétrole, population jeune, croissance… Les valeurs liées aux consommateurs se sont d’ailleurs bien comportées. À l’instar des banques.

 

Dynamique long terme

La septième économie de la planète ne manque pas en effet de caractéristiques de bon augure pour les moyen et long termes: la tenue des Jeux olympiques, la coupe du monde de football, ces seuls exemples sont synonymes d'investissements.

Sans compter que partout dans les pays BRIC, "à l'exception de la Russie, "on assiste à la montée en force d'une classe moyenne qui va doper la consommation. Ces personnes vont acheter leur première voiture, premier frigo, etc. Cela va annuler l'effet d'entonnoir", souligne Frank Vranken.

L'ensemble de ces arguments ont de quoi rassurer l'investisseur à l'égard des perspectives de la Bourse de São Paulo. Le climat financier est appelé à changer. Pas dans l'immédiat, évidemment, "mais au fur et à mesure que la fibre économique du pays se modifiera, on assistera aussi à l'évolution des capitalisations boursières. Si une société cotée exportatrice de minerai de fer est remplacée par une société alimentée par la consommation interne, on en ressentira les effets à terme dans les marketcap. Tout ça est porteur sur plus long terme", estime-t-on chez BNPP Fortis Private Bank.

Dès lors, patience! Car "avec une valeur comptable farfelue, celui qui investit dans un fonds d’actions brésiliennes, le met de côté et ne le rouvre que dans 5 ans, il sourira face au rendement qu'il y trouvera", conclut Frank Vranken.

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