La crise de la dette a coupé l'élan des actions

Sur six mois, les valeurs refuges (or, dollar, obligations de qualité) ont volé la vedette aux actions.

Le premier semestre 2010 ne laissera pas un souvenir impérissable dans la mémoire des investisseurs.

Faute de trouver du rendement, ceux-ci ont cherché la sécurité. Car après avoir bien débuté l’année, dans l’espoir d’une croissance économique portée par de bons résultats des entreprises, les marchés d’actions ont rechuté sur des inquiétudes purement financières. La crise de la dette souveraine est passée par là…

Après un début d’année mitigé, les Bourses ont enregistré une nette progression jusqu’à la mi-avril, moment où les problèmes budgétaires de la Grèce et d’autres pays du sud de l’Europe ont commencé à inquiéter sérieusement les investisseurs. La correction a été particulièrement sévère en mai, mois exécrable pendant lequel la plupart des indices boursiers ont touché leur plus bas niveau de l’année. Le plan de sauvetage de la Grèce, de bons résultats d’entreprises au premier trimestre et des indicateurs conjoncturels favorables ont autorisé un rebond début juin. Mais le doute s’est rapidement réinstallé après la publication de chiffres laissant entendre que la reprise s’essoufflait.

Face aux turbulences des marchés d’actions, les valeurs refuges par excellence ont eu la cote.

L’or et le dollar américain ont gagné du terrain.

Le métal précieux a atteint le prix record de 1.265,30 dollars l’once vendredi dernier à New York, contre quelque 1.120 dollars début janvier, soit une progression de 13 %.

Quant au billet vert, alors qu’il s’échangeait encore à 1,45 pour un euro en janvier, il faut à présent à peine un peu plus de 1,20 dollar pour un euro. En six mois, la devise américaine s’est appréciée de plus de 18 %.

Mais la grande forme du dollar doit aussi beaucoup à la faiblesse de la monnaie unique européenne. Celle-ci a d’ailleurs touché son plus bas niveau historique face à la devise helvétique mardi, à 1,3171 franc suisse pour un euro. Si notre devise va si mal, c’est principalement à cause des inquiétudes qui pèsent sur les dettes souveraines et principalement sur celle de la Grèce.

La Bourse d’Athènes a payé pour cette situation plus que délicate. Elle termine bonne dernière sur le semestre écoulé, précédée des places financières des autres pays d’Europe dont les finances publiques sont surveillées de très près. Inutile de préciser que les valeurs financières sont pour beaucoup dans cette tourmente boursière.

Face aux problèmes des dettes étatiques, les prêts interbancaires se sont réduits comme peau de chagrin, faisant craindre une nouvelle grande crise financière, après celle qui avait suivi la faillite de Lehman Brothers.

Voilà qui n’a pas arrangé notre Bel 20, où les financières sont toujours bien représentées, avec près de 20 % de pondération. L’indice belge a perdu près de 5 % sur l’ensemble du semestre, alors qu’il était en hausse d’autant sur les trois premiers mois de l’année. Au sein de notre indice national, Dexia a perdu un tiers de sa valeur en six mois, suivie par Ageas, en repli de 29 %. KBC est quant à elle parvenue à conserver une avance de 4,8 % par rapport à la fin 2009.

Mais, signe que la crise de la dette fait surgir la menace d’un retour en récession, les investisseurs ont aussi sanctionné les valeurs énergétiques et le secteur des services. Au sein du DJ Stoxx 600, qui s’est contracté de 4 % sur la période sous revue, le secteur énergétique a perdu 17,4 %, celui des "utilities" a cédé 15,8 % et les bancaires ont reculé de 12,8 %.

Les composantes du Bel 20 s’inscrivent dans cette tendance. Après Dexia et Ageas, ce sont GDF Suez et GBL qui ont subi les plus lourdes chutes, cédant 22,4 % et 13,5 % respectivement. L’énergie n’a donc pas été un thème porteur en ce début d’année 2010. Il est vrai que le prix du pétrole est revenu à 75 dollars, contre plus de 80 dollars début 2010.

Mieux valait investir dans la distribution, où Colruyt et Delhaize affichent des hausses semestrielles de 14,6 % et 11,4 % respectivement.

Le secteur de la consommation est aussi à l’honneur avec AB InBev et son bond de 9,2 % sur six mois.

Mais c’est Bekaert qui décroche la palme. Le titre du groupe de transformation de métaux s’est envolé de 26,6 % depuis le début de l’année. C’est que la demande de métaux de base dans les pays émergents reste porteuse.

Pourtant, parmi ces derniers, la Chine n’a pas obtenu un bon résultat sur le semestre. Face au risque de surchauffe de l’économie chinoise, les autorités ont resserré le crédit. En conséquence, le secteur immobilier a ralenti et l’économie de la Chine a nettement réduit sa croissance au premier semestre.

De quoi faire peser des incertitudes sur la croissance économique et pousser les investisseurs vers les obligations de qualité. Ce qui a fait plonger le rendement du bon américain à dix ans de 87 points de base, à 2,97 %, et celui du Bund allemand de 82 points de base, à 2,57 %. Du coup, l’écart de taux de l’OLO belge à dix ans affiche désormais à 87 points de base par rapport au Bund, au lieu de quelque 30 points de base fin 2009.

Le rendement belge à dix ans était mercredi soir de 3,44 %. La crise de la dette souveraine a donc aussi affecté la Belgique. Indirectement, heureusement…

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