La force de l'euro entrave les efforts faits pour la relance

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L’euro s’est renforcé de 4,6% par rapport aux principales devises dans le monde. La monnaie européenne surpasse la couronne suédoise. Mais elle contrevient aux efforts de la BCE pour soutenir l’économie européenne.

Dans la guerre des devises, l’euro est pour l’instant la grande perdante. La devise a progressé de 4,6% face aux dix principales devises dans le monde depuis janvier, surpassant la performance de la couronne suédoise.

La semaine dernière, la monnaie européenne a touché un plus haut de quatre mois à 1,3410 USD et s’avère supérieure de 10% par rapport à sa moyenne historique (établie à 1,2141 USD). Par rapport au dollar, l’euro est surévalué de 7,2%, selon un indice de l’OCDE. En outre, la devise européenne dépasse les prévisions des analystes. Le consensus la prévoyait à 1,26 USD en mai.

La force de l’euro joue en défaveur de la croissance économique de la zone euro, soulignent plusieurs économistes. Selon les statistiques de l’Union européenne, les biens exportés en dehors des frontières de la région ont connu une chute de 0,8% au premier trimestre de cette année.

Pas de QE à la BCE

Comme le soulignait Nouriel Roubini, professeur d’économie à la New York University, dans nos colonnes récemment, tous les efforts de la Banque centrale européenne pour soutenir l’économie de la région sont jusqu’à présent anéantis par la force de la devise. "La BCE ne s’est pas encore livrée à un programme d’assouplissement quantitatif comme aux États-Unis" et au Japon, avait-il indiqué.

En effet, même si la Banque centrale européenne a abaissé son taux directeur à 0,5% en mai, elle n’a pas encore activé son programme de rachat d’obligations (OMT) dévoilé en septembre. Mario Draghi, le président de l’institution, a indiqué ce mercredi lors d’un discours à Jérusalem que la BCE pourrait utiliser d’autres outils. "Il existe de nombreuses autres mesures, comme les politiques conventionnelles sur les taux d’intérêt et les mesures non conventionnelles, que nous pouvons déployer et que nous déploierons si les circonstances s’y prêtent", a-t-il rappelé. Il faut préciser qu’en juillet 2012, Draghi avait martelé qu’il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour sauver l’euro.

Draghi a déjà laissé entendre que le comité de politique monétaire de la BCE considère des taux d’intérêt négatifs. Mais du côté des rachats d’actifs, la banque centrale reste à l’écart des autres institutions comme la Réserve fédérale américaine.

Depuis juin 2012, la taille du bilan de la BCE s’est réduite de 18% sous l’effet du remboursement de 300 milliards d’euros sur les 1.000 milliards prêtés sur trois ans aux banques européennes depuis 2011. La Fed suit encore un rythme de rachats de titres pour 85 milliards de dollars par jour. Son bilan ne cesse de gonfler et atteint désormais 3.410 milliards de dollars. Ailleurs, la Banque du Japon a annoncé un plan pour doubler la base monétaire du pays d’ici deux ans. Et la Banque d’Angleterre se livre aussi à un programme de rachats d’actifs qui grossit son bilan.

Il faut dire que le plan de rachat d’obligations de la BCE est soumis à une condition pour les États qui en font la demande: des réformes. En outre, le président de la Bundesbank a saisi la cour de Karlsruhe pour examiner si l’OMT est conforme aux grands principes juridiques allemands.

Pas de renversement

Du côté des traders, les paris à la baisse sur l’euro face au dollar ont diminué. Selon les chiffres de la Commodity Futures Trading Commission, les paris à la baisse ont chuté de 7.533 contrats par rapport à la semaine dernière.

Par ailleurs, l’euro est soutenu par la progression des obligations d’État des pays du sud. Le rendement de l’obligation à dix ans espagnole a chuté à 4,50% contre 5,27% en décembre. "Puisque les actifs risqués performent bien, l’euro se porte bien", estime Bill Street, de State Street Global Advisors. "Et l’euro peut rester fort", ajoute-t-il. Pour la croissance de la zone euro, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle.

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