Le prix du sucre est élevé mais très volatil

La faiblesse de la production au regard de la consommation mondiale pose problème (3/5).

Le prix du sucre évolue dans des marges historiquement élevées. Mercredi matin, le cours de la livre de sucre brut pour livraison en octobre s’est élevé à 28,56 cents de dollar sur le New York Board of Trade, principale place de cotation américaine de cette denrée de base. Avant 2010, le prix de la livre de sucre dépassait rarement le seuil des 15 cents, abstraction faite des tensions liées aux chocs pétroliers et aux tensions internationales dans les années 1970-80.

Mais depuis le début de l’année dernière, le cours de l’indispensable composant alimentaire fluctue largement au-delà de ce niveau, hormis un petit passage sous les 15 cents la livre au printemps 2010.

Plusieurs facteurs expliquent les tensions actuelles sur le prix du sucre: une météo parfois peu clémente pour les producteurs, une production qui stagne au Brésil, premier producteur mondial, une demande estimée supérieure à l’offre, des stocks en baisse dans les pays consommateurs, ainsi que les choix d’agriculteurs optant pour d’autres cultures que la cane à sucre ou la betterave.

Inde et Brésil

Comme ces paramètres évoluent rapidement, le prix du sucre s’est avéré très volatil ces deux dernières années (voir l’infographie). Au deuxième semestre 2009, il est passé de 15 à 25 cents la livre. Début 2010, le prix de la livre de sucre a frôlé les 30 cents, avant de retomber brièvement sous le seuil des 15 cents en mai.

Il a ensuite connu une hausse quasi ininterrompue jusqu’au début de cette année, où il a culminé à plus de 35 cents. Le repli à quelque 20 cents du mois de mai est déjà oublié, le cours du sucre ayant retrouvé les 30 cents la livre fin juillet.

Les prix élevés des deux dernières années s’expliquent notamment par la météo. "En 2010, l’Inde, gros producteur, était passée du statut d’exportateur net à celui d’importateur net à cause d’une récolte 2009-2010 décevante pour cause de météo peu favorable", explique Arnaud-Cyprien Nana Mvogo, analyste chez CM-CIC Securities.

Premier producteur mondial, le Brésil connaît lui aussi quelques problèmes. "Le Brésil représente 50% des exportations mondiales de sucre et 20% de la production mondiale. Mais sa production sucrière sera inférieure aux prévisions", indique Alexander Roose, gestionnaire du fonds Agrivalue chez Petercam. "Il y a peu, on estimait que le Brésil pourrait produire 35,5 millions de tonnes de sucre en un an. Or, il n’en produira que 32,5 millions. Ce déficit de trois millions de tonnes de sucre pour 40 à 45 millions de tonnes passant par les exportations aura un impact dans les pays qui en consomment beaucoup, comme les États-Unis et les pays européens."

Conséquences en Europe

Le problème est que les stocks de ces derniers sont en baisse. En Europe, quelque 645.000 tonnes de sucre sont stockées, alors que le marché aurait besoin de près de 2 millions de tonnes pour limiter les tensions sur les prix. Ce déficit des stocks s’explique par une demande estimée supérieure à l’offre en 2010. La production a culminé à 161 millions de tonnes alors que la consommation a atteint 168 millions de tonnes…

Enfin, certains agriculteurs, séduits par la hausse des prix des céréales comme le maïs, ont abandonné la culture de sucre, moins rentable, ce qui s’est ajouté aux tensions. Le déséquilibre du marché du sucre pourrait avoir des conséquences pour le consommateur final. Selon l’analyse de Arnaud-Cyprien Nana Mvogo, "la hausse des prix du sucre s’ajoute à celle des prix de l’énergie, ce qui ne va pas faciliter la tâche des industriels soucieux de préserver leurs marges dans leurs négociations avec la grande distribution". Pour les consommateurs européens et américains, l’addition risque d’être… salée.

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