Les actions sont sous-évaluées: une opportunité à coup sûr?

Les bénéfices que réalise une société restent le facteur primordial dans la direction du cours de son action en Bourse.

Et si les actions cotées étaient devenues les meilleures valeurs refuges que l’on puisse trouver sur les marchés financiers. Tandis que l’or et les obligations allemandes qui profitent de ce statut, se situent à des sommets historiques, la chute infernale des Bourses depuis la fin du mois de juilleta rendu les valorisations des sociétés cotées à des planchers jamais vus depuis de nombreuses décennies. Leur remontée dans la seconde partie de la semaine écoulée ne change pas grand-chose à cette observation.

P/E à des planchers historiques

Au pire de la tempête boursière lundi dernier, et alors que le DAX de Francfort accusait une perte de 28% depuis la fin de 2010 et même davantage si l’on considère son niveau le plus élevé de 2011 l’indice allemand affichait un ratio cours sur bénéfice (C/B ou P/E) d’à peine… 7,5. En d’autres mots, les 30 sociétés qui le composent s’échangeaient en moyenne à 7,5 fois les bénéfices qu’elles ont engrangés au cours des quatre derniers trimestres. A la veille de ce week-end, ce ratio était remonté à 9,90.

Le rapport cours sur bénéfice du CAC 40 est tombé jusqu'à 6,50 mardi dernier!

Ce qui valait pour la Bourse de Francfort, l’était aussi pour les autres places de la zone euro. A la Bourse de Paris, par exemple, ce ratio était même descendu jusqu’à 6,5 pour le CAC 40 au début de la semaine! Plus bas est le P/E, plus une Bourse ou une action peut être considérée comme bon marché.

Il n’y a pas que cet indicateur de valorisation à avoir profité du plongeon des cours des actions. Les rendements sur dividende ont littéralement explosé pour revenir à des niveaux supérieurs aux rendements offerts par les obligations à 10 ans. Ce phénomène qui survient très rarement, est souvent suivi d’un rebond des Bourses, comme cela s’était passé début 2009. Le rendement brut moyen des 20 actions du BEL 20 s’élevait vendredi à 4,46% contre 3,68% pour l’obligation linéaire.

Sous la valeur comptable

Autre conséquence de la tempête boursière, la valeur d’une majorité d’entreprises cotées en Europe est tombée sous celle de leur patrimoine. Il est en effet devenu courant qu’une société se traite sous la valeur de son actif net par action (les actifs moins les dettes). À la Bourse de Bruxelles, 12 actions de l’indice Bel 20 se trouvent actuellement dans ce cas de figure. Outre les actions financières, on retrouve notamment GDF Suez, Befimmo et Delhaize Group (voir infographie).

Sur les autres places européennes, les exemples ne manquent pas non plus. Citons pêle-mêle des titres comme Renault qui cote à 27,7 euros, contre une valeur par action de 75,9 euros pour son actif net, Air France (6,20/23,2) Saint Gobain (31/34 euros) à Paris, Deutsche Lufthansa (11/16,9), E.ON (15,7/20,9), HeidelbergCement (29/59) à Francfort, ArcelorMittal (12,6/40) et Aperam (11/53) à Amsterdam.

Les résultats en priorité

Les actions semblent détenir beaucoup d’atouts pour attirer les investisseurs. Nombre de ceux-ci continuent pourtant à faire la fine bouche, préférant se tenir à l’écart des marchés.

"C’est que les fondamentaux économiques et les incertitudes qui planent sur les marchés font qu’ils ne sont pas suffisamment séduits pour prendre des risques. Certains ratios financiers actuels, qui auraient pu paraître attrayants il y a peu, le sont de ce fait moins aujourd’hui", explique Geert Ruyschaert, stratégiste auprès de BNP Paribas Fortis Private Banking. "Mais, vu les valorisations actuellement fort basses d’un certain nombre d’actions, et qui pourraient bien l’être durant une longue période, il n’y a pas lieu d’abandonner les Bourses. L’heure est au stockpicking, à la sélection de valeurs individuelles en fonction des qualités d’une société", dit encore Geert Ruysschaert.

Pour Jean-Marie Caucheteux, responsable de la recherche actions à la Banque Degroof, citant l’exemple de Volkswagen dont le P/E estimé de 5,5 sur la base des bénéfices que réalisera le constructeur auto cette année (estimation Bloomberg), "il est permis de penser que celui qui achète aujourd’hui des actions ayant un tel profil financier, et qui dispose du temps devant lui, fera une affaire en or". L’expert de la Banque Degroof précise néanmoins que le P/E en général a un gros défaut: "celui de ne pas donner d’indications sur les états financiers d’une société".

Si la valeur l’actif net par action constitue pour sa part un ratio intéressant bien que moins pertinent depuis l’avènement des normes IFRS -, dans la mesure où il représente la valeur actuelle de ce qu’une société possède comme patrimoine, Caucheteux privilégie néanmoins en priorité les outils qui renseignent sur l’évolution des résultats de sociétés.

Davantage que les ratios énumérés ci-avant, les bénéfices que réalise une société restent en effet le facteur primordial dans la direction du cours de son action en Bourse. Comme l’indiquait Philippe Dessertine, directeur de l’Institut de Haute Finance (Paris), il y a quelques jours à l’AFP, "le fait d’avoir un patrimoine ne signifie pas grand chose. On a des entreprises avec de fortes capacités de production, mais s’il y a le risque de ne plus avoir personne qui achète vos produits, vos usines valent zéro".

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