Les investisseurs se réfugient dans le cash

Les actions ont perdu des plumes ces deux dernières semaines. Et ce n’est pas fini, selon les gestionnaires d’actifs interrogés par Bank of America Merrill Lynch. ©REUTERS

Ce n’est pas la panique sur les marchés mais le repli des cours incite les gestionnaires à la plus grande prudence, selon un sondage de Bank of America Merrill Lynch.

Les tensions géopolitiques (les conflits en Irak, en Ukraine et à Gaza) et le resserrement attendu de la politique monétaire américaine ont mis les marchés d’actions en mode "pause" depuis deux semaines, l’ensemble des indices étant en recul. Pas étonnant quand on prend connaissance des résultats du sondage mensuel de Bank America Merrill Lynch auprès des gestionnaires d’actifs, qui confirme que les investisseurs ont fait un pas de côté par rapport aux actions, même si celles-ci restent, faute d’alternative, incontournables pour parquer leurs fonds.

Le cash massivement surpondéré

Ainsi, 27% de ces gestionnaires, dont les portefeuilles totalisent 529 milliards de dollars, surpondèrent le cash, soit plus du double de la proportion relevée en juillet par le même sondage.

Avec une part de 5,1% dédiée aux liquidités dans leurs portefeuilles en moyenne, les investisseurs se mettent donc clairement à l’abri des secousses actuelles. C’est un demi-pourcent de plus qu’il y a un mois et il faut remonter à juin 2012, soit à la fin de la crise de la dette souveraine en Europe, pour retrouver un tel niveau de frilosité.

On considère généralement qu’en dessous de 4%, le risque est apprécié. Au-dessus de ce niveau, il est au contraire évité.

"Historiquement, un tel niveau de cash dans les portefeuilles coïncide avec un stress dans l’économie globale", commente Manish Kabra, stratégiste chez Bank of America spécialisé dans les actions européennes.

Plus inquiétant encore, qu’ils prennent très au sérieux les risques géopolitiques et le changement de cap monétaire aux Etats-Unis ou que ces derniers agissent comme simples catalysateurs pour marquer une pause après une hausse continue et soutenue des cours, les investisseurs ont peur que le recul des marchés ne se poursuive: le nombre de répondants qui se couvrent contre une forte chute des actions dans les trois prochains mois a atteint son plus haut niveau depuis… octobre 2008.

L’Europe à la traîne

Et sans surprise (après l’annonce d’une récession surprise en Italie, les attentes d’un essoufflement marqué en Allemagne et les chiffres toujours mauvais en France), c’est sur l’Europe que se concentrent les inquiétudes. L’enquête montre le plus important recul mensuel du poids des actions européennes dans les fonds gérés et un investisseur sur trois estime que, parmi toutes les régions du monde, l’Europe est la zone la plus exposée à un recul dans les 12 prochains mois.

Un pessimisme qui déteint sur l’euro: 40% des répondants estiment que la monnaie unique va continuer à descendre par rapport au dollar contre 28% seulement il y a un mois.

Il faut dire que plus personne n’attend de miracle en provenance de la Federal Reserve (Fed). Avec une économie américaine qui se reprend plus vite que prévu (on l’a vu aux derniers chiffres du chômage notamment, or lutter contre le chômage est un objectif officiel de la Fed, contrairement à la Banque centrale européenne qui se doit de ne se focaliser que sur la stabilité des prix), la banque centrale ne pourra faire autrement que de retirer le dispositif inédit qu’elle avait mis en place pour faire face à la crise financière et donc remonter ses taux. Pas moins de 78% des investisseurs s’attendent à un relèvement des taux américains à court terme, c’est-à-dire, pour deux tiers d’entre eux, avant la fin juin 2015.

Malgré toutes ces mauvaises nouvelles pour les marchés d’actions, les investisseurs gardent la foi: 56% d’entre eux s’attendent à une accélération de l’économie globale. C’est nettement moins qu’il y a un mois (69%) mais on reste en territoire positif.

Les marchés émergents devant

Les grands gagnants de cette combinaison de facteurs sont manifestement les marchés émergents. Les positions surpondérées sur ces actifs sont passées de 5% à peine en juillet à 17% en août, encouragées par des signes d’amélioration concernant l’économie chinoise.

Bref, l’heure n’est pas encore à la panique et la montagne de cash à disposition des investisseurs (27 milliards pour les seuls gestionnaires interrogés par BoA Merrill Lynch) favorisera les courants acheteurs dès que les sujets d’inquiétude se dissiperont, même partiellement.

"Nous voyons les 4,5% de cash dans les portefeuilles comme un signal d’achat sur les marchés globaux d’actions et nous tablons sur un rally des actifs risqués en août", pronostique Manish Kabra.

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