Les marchés émergents risquent d’être victimes de leur succès

L'afflux de capitaux étrangers pousse à la hausse l’inflation, le prix des actifs et les devises, au point de menacer les exportations et la stabilité de ces pays. Gare à la surchauffe.

Les marchés émergents font plus que jamais office d’Eldorado pour les gestionnaires d’actifs, qui tentent de compenser les faibles performances des marchés développés. D’autant que le coup de fatigue de l’économie américaine a relancé la théorie du découplage. Seize mois après la sortie de récession de l’économie mondiale, la reprise US bat de l’aile, alors que les marchés émergents continuent leur progression. "Les données économiques récentes contribuent à confirmer la thématique de la surperformance des marchés émergents, note David Lubin, spécialiste des marchés émergents chez Citigroup. L’écart entre le monde développé et le monde émergent se creuse". Selon les estimations de l’économiste, les pays émergents pèseront 60 % de la croissance mondiale cette année et l’année prochaine, contre 25 % il y a dix ans. La résistance du monde émergent à la faiblesse des Etats-Unis s’expliquerait par la baisse de leur exposition à l’économie américaine. Un recul de 2 % de la croissance américaine coûterait seulement 0,1 % du PIB au club des BRIC.

Risque de surchauffe

Le message a été bien reçu par les investisseurs qui ont relégué les Etats-Unis nettement derrière le Brésil, la Chine et l‘Inde dans le classement de leurs placements préférés. Les investissements étrangers en actions indiennes, sud-coréennes et thaïlandaises atteignent déjà 33,9 milliards de dollars cette année. Mais l’afflux record de capitaux étrangers pousse à la hausse l’inflation, le prix des actifs et les devises, au point de menacer les exportations et la stabilité des pays. La Corée du Sud, la Thaïlande, le Brésil sont intervenus sur le marché des changes pour affaiblir leur devise et envisagent des mesures de restriction sur les flux de capitaux. Depuis au moins dix ans, les introductions en Bourse sur les marchés émergents ont attiré plus de capitaux que les marchés développés, soit 138 milliards de dollars cette année. Mark Mobius, le spécialiste des marchés émergents chez Templeton Asset Management voit dans cette évolution un signe de bulle. L’indice MSCI des marchés émergents (en dollar) est actuellement à son plus haut niveau depuis juin 2008. L’indice avait ensuite chuté de 58 % pour atteindre un plus bas à la fin du mois d’octobre 2008.

Asie du sud-est et Turquie

Pour BNP Paribas Investment Partners, les marchés émergents sont incontournables. "Les valorisations en Asie sont raisonnablement attractives, à environ 12 fois les bénéfices attendus, souligne Desmond Tijang, responsable des investissements en Asie. L’indice des révisions des bénéfices et la performance des actions asiatiques sont fortement corrélées, ce qui exclut les risques de bulle." Le gestionnaire d’actifs privilégie l’Asie du Sud -Est, notamment la Thaïlande, l’Indonésie et la Malaisie, mais reste à l’écart de Taïwan, en raison de l’exposition à l’économie américaine du secteur technologique, qui pèse lourd dans son économie, et de l’Inde, un thème d’investissement porteur mais jugé trop cher. BNP Paribas Investment Partners met aussi l’accent sur la Turquie, en raison de l’amélioration continue de ses fondamentaux, de sa stabilité politique et d’un potentiel sous-estimé par les investisseurs.

"La croissance de la Turquie est similaire à celle du Brésil, mais sa capitalisation boursière et son PIB représentent seulement 10 % et 50 % en comparaison avec la Brésil, précise Gokturk Isikpinar, responsable des investissements en Turquie. Le secteur bancaire en particulier affiche de fortes perspectives de croissance en raison d’une pénétration encore faible." Avec une hausse de 26,5 % cette année, la Bourse turque surperforme les marchés émergents, en hausse de seulement 9,8 %. Les actions turques affichent une valorisation de 9,5 fois les bénéfices attendus et une décote de 10 % par rapport à la moyenne des marchés émergents. Mais la Turquie risque d’être rapidement victime de son succès: 70 % des gestionnaires de fonds émergents surpondèrent la Turquie.

 

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