Les télécoms profitent de la course aux dividendes

Leur perspective bénéficiaire et leur valorisation sont pourtant loin d’être séduisantes...

Depuis le mois de mai, l’aversion au risque, induite par l’affaiblissement conjoncturel, pousse les capitaux à se retirer des fonds d’actions pour privilégier des stratégies plus défensives comme celle des placements à dividendes élevés.

Rien qu’aux Etats-Unis, ce sont 1,54 milliard de USD qui, selon IndexUniverse.com, ont été investis le mois dernier (et 5,27 milliards de USD sur le trimestre écoulé) dans les fonds privilégiant les actions à dividendes élevés. Jamais l’Exchange Traded Fund (ETF) relatif aux sociétés du S&P 500 disposant d’un généreux rendement du dividende n’a récolté autant d’argent frais qu’en septembre. Pour l’ETF visant la même thématique mais se limitant aux sociétés du Dow Jones, il faut remonter à janvier 2005 pour retrouver une performance mensuelle de cet acabit.

Un mouvement qui s’explique essentiellement par le fait que plus de 65 sociétaires du S&P 500 offrent désormais un rendement du dividende supérieur au rendement de leurs obligations corporate. Il s’agit, selon Bloomberg, du pourcentage le plus élevé du genre depuis au moins 15 ans!

Mais ce scénario n’est pas l’apanage des USA. On l’observe aussi à l’échelon mondial puisque l’indice MSCI Monde relatif aux actions bénéficiant des dividendes les plus plantureux enregistre depuis le début juillet un return total de quasi 18 % (en USD), contre 14 % (en EUR) pour sa version européenne et 15,4 % (en USD) pour leurs homologues du S & P 500. Dans le même temps, le S & P 500 et le DJ Stoxx 600 ont fait moins bonne figure avec des gains respectifs de 14,5 % (en USD) et 11,1 % (en euros).

Actions télécoms plus généreuses que les obligations…

On ne sera, dès lors, pas étonner de constater que cette quête aux dividendes fait spécialement les beaux jours des actions du secteur télécoms qui connaît, depuis la fin du deuxième trimestre, son "rally" (+ 20 % au niveau mondial, +22 % aux USA et + 13 % en Europe, en devises locales) le plus significatif depuis sept ans.

Il faut dire que le rendement des dividendes du MSCI Monde relatif aux télécoms (5,31 %) est quasi le double de celui du MSCI Monde (2,5 %).

La surperformance des actions télécoms tient au fait que leurs rendements du dividende sont désormais bien souvent supérieur aux rendements de leurs dettes privées.

… mais bénéfices en panne

Un constat qui, aux yeux des investisseurs, semble compenser le fait que ces actions risquent pourtant, de l’avis des analystes, de connaître une prestation bénéficiaire 2010 calamiteuse. Elle devrait être de l’ordre de +3,2 %, selon Thomson Financial IBES, soit quasi dix fois moins que celle attendue pour le reste du marché (indice MSCI Monde).

"Je sais que leur potentiel bénéficiaire est relativement faible, mais je ne les achète pas pour leur croissance mais pour leurs dividendes anormalement élevés, confirme Jacob De Tusch-Lec, gestionnaire de fonds chez Artemis. Si je vois que KPN offre un rendement de 3,75 % sur ses obligations (emprunt échéant en septembre 2020) alors que ses actions paient un dividende de 6,38 %, pourquoi devrais-je acheter lesdites actions?"

Et KPN n’est pas un cas isolé. L’Américain Verizon Communications et son concurrent hongkongais PCCW, qui s’affichent comme les principaux bénéficiaires de cette course au rendement avec des gains boursiers de 30 % depuis fin juin, offrent un "dividend yield" de 5,94 % et 6,5 %.

Mais la palme du dividend yield revient à Frontier Communications avec un rendement de 8,94 %, juste devant celle de Windstream Corp. (8,24 %) et CenturyLink (7,3 %).

Un choix émotionnel?

Le succès rencontré par les opérateurs télécoms n’est évidemment pas sans conséquence sur leur valorisation. Aux Etats-Unis, leurs actions se traitent désormais à 14,7 fois leurs bénéfices attendus pour 2011, contre un multiple de 10,6 sur le Vieux Continent. Il s’agit d’un des ratios cours/bénéfices sectoriels les plus élevés!

Sachant, comme évoqué précédemment, que les perspectives bénéficiaires du secteur sont tout sauf folichonnes, on peut se demander si l’atout des dividendes peut encore constituer une fin en soi?

Au-delà de l’argument émotionnel qui consiste, dans un environnement de taux ultra-bas et de faible croissance, à privilégier le haut rendement, cette stratégie ne semble pas avoir de réels fondements économiques. Non seulement la progression de leur bpa 2010 (+3,2 %) risque de se révéler 10 fois inférieure à celle du MSCI Monde, mais elle ne devrait être guère plus brillante en 2011 (+6,8 %, contre +16 % pour le MSCI Monde). En Europe, au rayon des grosses capitalisations, seule KPN (+29,1 %) peut espérer avoir une croissance bénéficiaire 2010 digne de ce nom. Vodafone, Telefonica, Deutsche Telekom, et BT Group devraient connaître une évolution de leur bpa comprise entre -5,5 % et +3,9 %.

Bref, gare au probable retour de flamme…

 

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