"Plus de 35 jours par an en déplacement"

Série "Les Métiers De La Finance". Aujourd'hui: Arnaud Goossens, analyste et responsable de la recherche actions chez Exane BNP Paribas.

"En 1993, au sortir de mes études en Sciences Économiques appliquées à Louvain, je me suis mis à la recherche d’un emploi. À l’époque, les banques ne recherchaient toutefois des jeunes que pour les services commerciaux. Finalement, je suis parvenu à convaincre les recruteurs de Williams de Broë qui recherchaient quelqu’un pour suivre le marché belge, et je suis parti comme analyste junior à Londres pendant quatre ans". Il rentre en Belgique en 1998 pour des raisons personnelles, et travaille avec Nikolaas Faes chez ABN Amro pendant 4 ans, d’abord au suivi du marché belge, puis sur les valeurs technologiques. Après un break de 3 ans suite à la fermeture du bureau belge d’ABN Amro, Philippe Masset le convainc de revenir vers l’analyse chez ING, en vue de diriger l’équipe sur Bruxelles. Et fin 2009, il est contacté par Exane BNP Paribas pour diriger la toute nouvelle équipe d’analystes couvant les petites et moyennes capitalisations du Benelux.

S’approprier la valeur

"La couverture des grosses capitalisations étant déjà réalisée par les analystes d’Exane (à Londres et à Paris), nous sommes actuellement en train de lancer la couverture de valeurs de petites et moyennes capitalisations belges. L’équipe compte cinq analystes dont trois issus de la Banque Fortis. Le but sera progressivement d’élargir la couverture vers des actions néerlandaises. A l’heure actuelle, nous n’avons pas encore assez de titres sous couverture pour faire un produit journalier, et ce ne sera pas possible avant la fin 2010".

Car pour lancer la couverture sur une action, Arnaud Goossens estime qu’il faut travailler pendant quatre à six semaines, et avoir des axes innovants par rapport aux concurrents. "Il faut s’approprier la valeur, et la connaître de A à Z. C’est d’ailleurs grâce à ce genre d’études très détaillées que nous sommes en mesure d’intéresser nos clients, les investisseurs institutionnels".

Une fois la couverture lancée sur une société, la recherche de "maintenance" est limitée au minimum, notamment au moment de la publication des résultats.

"Sur les 10 valeurs qu’un analyste doit suivre en moyenne, je demande toujours que 60 à 70&flexSpace;% du temps soient consacrés aux trois sociétés sur lesquelles l’analyste a des idées fortes à l’achat ou à la vente, car ce sont ces idées qui seront mises en avant auprès de la clientèle. Pour prendre un exemple précis, fin 2008, Barco a commencé à signer des gros contrats dans le domaine du cinéma digital. En mars 2009, un gros contrat était paraphé avec Kodak portant sur 10.000 salles. À partir de ce moment-là, il était clair que cette activité allait devenir très importante pour la rentabilité future du groupe. J’ai commencé à prendre des contacts (avec les clients, avec les concurrents, etc) afin de pouvoir déterminer quel serait l’impact de cette activité sur les résultats du groupe, et de pouvoir rentrer cette nouvelle activité dans notre modèle. Et un jour plus tard, je publiais une étude dans laquelle je remontais ma recommandationsur le groupe Barco". UN tremplin pour l’avenir

Dans son équipe, Arnaud Goossens souligne que tous sont universitaires, avec généralement une formation en sciences économiques appliquées, et qu’ils effectuent ou ont effectué une formation complémentaire du style CFA (Chartered Financial Analyst). L’âge des membres de l’équipe est relativement faible, tournant autour de 30 ans avec 2-3 années d’expérience.

"A Bruxelles, la fonction d’analyste est souvent vue comme un tremplin pour grimper dans la société, ou pour bouger vers l’extérieur. C’est rarement vu comme une carrière sur le long terme, contrairement, par exemple, à ce qu’on peut voir dans la City. Les jeunes sont donc souvent formés avec un risque certain de les voir partir ailleurs. Nous recherchons des personnes qui puissent lire un rapport annuel, un compte de résultats, un bilan. Il faut qu’ils soient au minimum trilingues, avec une grande facilité avec l’outil informatique notamment dans le domaine de la recherche documentaire. Il faut en outre qu’il soit à l’aise au téléphone pour les contacts avec les clients, qu’il soit curieux et qu’ils aient l’esprit de synthèse".

Comme pour de nombreuses autres fonctions qui tournent autour des marchés boursiers, la journée commence vers 7 heures du matin. "A 8 heures, nous avons une conférence téléphonique avec les vendeurs et les traders pour l’ensemble des salles de marché. Les analystes doivent indiquer quel sera l’impact de ces nouvelles sur les cours et sur la valorisation. Chez Exane, cette conférence est précédée à 7h50 d’une conférence plus spécifiquement dédiée aux petites et moyennes capitalisations, ce qui est notre créneau. Si les résultats d’une entreprise que nous suivons sortent à 7 heures du matin (souvent ils sortent entre 7h30 et 8h00), il faudra donc avoir pour 7h50 une interprétation rapide des chiffres, les points importants soulevés par les résultats et l’écart par rapport aux attentes du marché. Il faudra expliquer pourquoi les chiffres étaient meilleurs ou pires qu’attendu, et quel sera l’impact sur le cours. Notre intervention doit être structurée sur 2-3 minutes et passer tous les points importants en revue. C’est le moment le plus important de la journée". Beaucoup de déplacements

À partir de 10 heures, le travail de l’analyste va davantage se porter sur l’étude des sociétés suivies, le travail sur les modèles de valorisation et la recherche d’idées originales. "Il y a toujours quelque chose qui se passe, c’est ce qui fait que ce métier reste passionnant. Il faut constamment rester à l’écoute de ce qui se passe, en lisant un article, un livre, et une fois que l’on a une idée intéressante, la développer afin d’avoir un angle original sur une des sociétés suivies. C’est d’autant plus vrai pour les petites et moyennes capitalisations".

Enfin, les contacts avec les clients constituent de dernier grand volet de ce qui fait partie du quotidien de l’analyste.

"Parmi les indicateurs sur lesquels nous sommes évalués, nous devons effectuer entre 50 et 100 appels par mois vers nos clients. Ces appels sont généralement liés à la recherche qui est produite. Pour les deux ou trois valeurs qu’on pousse à un moment donné, il y a généralement un ou deux événements par mois qui peuvent susciter un appel vers les clients. Il faut ensuite développer la relation, et mettre en contact les clients avec la société, le but étant toujours de déboucher sur un investissement. L’établissement de bons contacts avec les clients va également permettre d’avoir des informations qui viennent des clients. L’année dernière, j’ai passé plus de 35 jours à voyager afin de rencontrer des clients pour le compte d’ING en Europe et aux Etats-Unis".

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés