Trois ans après Lehman…

En matière de régulation des banques universelles et des banques d’investissement, cela tire dans tous les sens sur la planète financière.

Question: quelle est la banque qui a le plus souffert sur les marchés boursiers ces derniers temps? Réponse: la Société Générale parisienne. Une banque dont les malheurs remontent en fait à la gigantesque fraude de Jérôme Kerviel en matière de trading, qui a fortement terni l’image de l’institution. Pourtant, malgré plusieurs "couacs" d’envergure comme avec ce trader d’UBS cette semaine le modèle des grandes banques universelles, du type Société Générale ou BNP Paribas, demeure largement intact sur le continent européen. La Commission européenne soutient d’ailleurs que les banques universelles ont plutôt bien résisté à la crise. Et que rien ne doit changer fondamentalement, si ce n’est un renforcement des fonds propres.

Pas d'approche commune sur le trading pour compte propre dans les banques

Pourtant dans d’autres pays, on s’active, comme par exemple de l’autre côté de la Manche. À Londres, la commission indépendante dirigée par l’économiste John Vickers n’a pas exigé un démantèlement pur et simple des banques dites "universelles", comme Barclays ou HSBC. Mais elle veut clairement créer des "pare-feux" entre, d’une part, les activités ciblées sur les particuliers et les prêts aux entreprises et, d’autre part, les activités de banques d’affaires et de banque d’investissement.

Plus question que des activités à risques puissent contaminer les autres activités cruciales pour les épargnants et les entreprises. Les différents types d’activité seront séparés avec des comités de direction et capitaux propres distincts.

Trois ans après la chute de Lehman et les multiples remous dans le secteur, les Britanniques adoptent donc un régime plutôt dur dans un pays où le secteur bancaire représente près de 500&flexSpace;% du produit intérieur brut.

Mais comme à son habitude, le lobby bancaire a joué des coudes puisque les établissements financiers auront tout de même jusqu’à 2019 pour appliquer les nouvelles règles. De quoi se préparer à une réforme qui, selon Sir John Vickers, coûterait entre 4 et 7 milliards de livres par an.

Martin wolf, le FT et la réforme

La commission indépendante dirigée par l’ancien chef économiste de la Banque d’Angleterre comprenait quelques personnalités prestigieuses dont, c’est à épingler, Martin Wolf, éditeur associé et chroniqueur très écouté du "Financial Times".

On était donc curieux de connaître l’avis de la bible de la City sur cette réforme Vickers. Résultat: un éditorial jugeant la réforme nécessaire et deux commentaires estimant au contraire la réforme insuffisante.

Patrick Jenkins, éditeur bancaire du FT, souligne ainsi que la réforme n’a pas tenu compte des leçons de 2008. La réforme Vickers ne dit quasiment rien sur le trading pour compte propre ("proprietary trading"), pourtant banni par les nouvelles règles américaines. Rien non plus sur des limites précises au financement des banques par le marché (wholesale funding). C’est pourtant ce financement excessif par les marchés qui avait mis à genoux la banque britannique Northern Rock.

Trois ans après la grande crise de 2008, il apparaît toujours aussi difficile de forger un consensus sur la meilleure façon d’organiser le monde bancaire pour le rendre plus sûr et plus stable. Pire, les autorités semblent désormais tirer dans tous les sens. C’est peut-être cela finalement le plus inquiétant.

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