L'euro, le rêve brisé?

Jacques Delors, le père de l'euro

La plus grave crise économique, depuis les années 30, est en train de mettre à mal l’idéal européen. Jacques Delors : " C’est la peur qui est devenue conseillère, et non plus la vision politique. "

Bruxelles (L'Echo) -  Jacques Delors a des raisons d’être en colère. "Les semaines de tergiversations n'ont fait que raviver la spéculation et nourrir l'euroscepticisme. Maintenant, c'est la peur qui est devenue bonne conseillère et non pas la vision politique ou l'espoir", disait ce père de l’euro mercredi au Parlement européen. Il en appelait de manière urgente à l’esprit de coopération au sein du continent européen. Ou mieux encore à la solidarité. Car c’est le rêve de millions d’Européens qui est train de vaciller, celui de la monnaie unique européenne. Une monnaie créée pour des raisons économiques évidentes – une seule monnaie pour traverser les frontières –, mais aussi politiques. Unifier, une fois pour toutes, les peuples européens. Rassembler deux pays comme la France et l’Allemagne qui, voici 70 ans, entraient en guerre. L’Europe a pu compter sur des hommes politiques d’exception comme François Mitterrand et Helmut Kohl.

Mais la plus grave crise économique et financière depuis les années 30 est en train de mettre à mal cet idéal commun. La crise a balayé les banques, qui ont dû être secourues par les Etats. Et maintenant, ce sont les Etats les plus endettés qui sont en difficulté. Les tricheries budgétaires de la Grèce pour entrer dans la zone euro, tel un passager clandestin, ont éclaté au grand jour. Les Grecs doivent désormais se serrer la ceinture en contrepartie d’une aide massive du FMI et de l’Union européenne. Mais les Allemands ont marchandé leur aide. Angela Merkel a fait jouer des réflexes nationaux. Et à Athènes mercredi, point culminant des tensions, les manifestations ont causé la mort de trois personnes. Une journée noire dans l’histoire européenne.

L’Union économique et monétaire n’est pas morte, mais elle a besoin d’un nouveau souffle. Sous la forme d’une plus grande union politique, d'une meilleure coordination des politiques budgétaires. Si ce n’est pas le cas, l’euro risque bel et bien de se désintégrer. Et le rêve de se briser.

L'Echo consacre un dossier complet à la monnaie européenne avec notamment les interviews de: 

  • Guy Quaden: Le gouverneur de la Banque nationale est confiant. La zone euro est plus que jamais courtisée par ses candidats.

 

  • Jacques Delors: Pour l’ancien président de la Commission européenne, "il faut changer les règles du jeu de la zone euro".

 

  • Eric Maskin: "Après une crise, les gens sont souvent prêts à mettre en œuvre les réformes nécessaires", rassure le Nobel d’économie.

 

Ces interviews et bien d'autres choses, dans notre supplément Spécial Euro, ce week-end dans L'Echo.


Marc Lambrechts

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