La baisse de l'euro pourrait bénéficier aux exportations européennes

(ECHO) La chute du taux de change de l'euro est peut-être un mauvais signal politique mais apparaît comme une bonne nouvelle pour les exportateurs européens car elle les rend plus compétitifs et devrait les aider à mieux tirer profit de la reprise économique mondiale.
La devise, plombée par la crise budgétaire grecque et les craintes de contagion à d'autres économies de la zone euro, a enchaîné ces derniers jours les records à la baisse. Elle a touché jeudi son plus bas niveau depuis mars 2009, à 1,2737 dollar.


Cette baisse n'est "pas du tout inquiétante", affirme pourtant jeudi le commissaire européen au Commerce, Karel de Gucht, dans le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung.
"Dans des conditions normales, nous serions tous très contents de ce taux de change", qui fait baisser le prix des exportations vers les pays utilisant une autre devise, relève-t-il. "Un taux de change de l'euro autour de 1,50 à 1,60 (dollars), cela ne servirait à rien du tout pour le commerce européen."


Il est vrai que ces dernières années, les industries fortement exportatrices avaient plutôt tendance à se plaindre d'un euro trop fort, qui renchérissait leurs exportations et les pénalisaient sur le marché mondial.
Louis Gallois, le président du groupe d'aéronautique et de défense EADS, soulignait ainsi récemment que l'euro fort a représenté pour son groupe un manque à gagner de 3 milliards d'euros sur trois ans et fourni un "avantage compétitif" au concurrent américain Boeing.
La Commission européenne avait elle-même prévenu en janvier que le niveau élevé de l'euro face au dollar et à certaines devises asiatiques comme le yuan représentait "un risque potentiel" pour la reprise européenne. La devise européenne s'échangeait encore à l'époque autour de 1,45 dollar.
Dans un rapport publié mercredi, Bruxelles souligne à l'inverse que "pour les pays de la zone euro, des gains (de croissance) supplémentaires pourraient venir des taux de change, du fait de la dépréciation de l'euro".

"Pour l'industrie aéronautique européenne, qui est largement exportatrice et qui opère sur des marchés libellés en dollars, la dépréciation récente de l'euro est plutôt une bonne chose", confirme Alexandre Dossat de l'association européenne des industries aéronautiques et de défense (ASD).
"Elle nous rapproche de la parité historique moyenne sur le très long terme entre les deux monnaies qui se situe à hauteur de 1,20 dollar", sachant que "chaque appréciation de l'euro de 10 cents au-dessus de cette parité d'équilibre fait perdre en moyenne 2% de marge opérationnelle sur le chiffre d'affaires de nos sociétés", explique-t-il.


Il met toutefois en garde contre "un effet yo-yo", soulignant que "les fluctuations très violentes" des taux de change ont aussi un effet handicapant pour l'industrie car elles compliquent les décisions d'investissement à long terme, notamment sur la localisation de la production.
"A court terme, un euro plus faible peut sembler intéressant, mais en fin de compte c'est aussi un signe d'affaiblissement de l'économie" et ce n'est donc "pas forcément bienvenu", souligne également une source industrielle dans le secteur automobile.
Le patron du constructeur automobile allemand Daimler, Dieter Zetsche, a aussi mis en garde le mois dernier contre un euro trop faible.
La devise européenne, alors autour de 1,35 dollar, "était peut-être surévaluée auparavant" mais "je ne souhaite pas qu'elle s'affaiblisse davantage", a-t-il prévenu.

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