Le grand malaise des bancaires

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Fortis et Dexia ont bu la tasse ce mardi en Bourse avant de réduire leurs pertes à mi-séance. Pourquoi? A cause des conditions du marché, bien sûr. Mais pas uniquement. Les rumeurs sur la solvabilité des établissements bancaires y sont également pour quelque chose. Justifiées ces craintes? Les avis sont partagés...

Bruxelles (L'Echo) - S'il est vrai que les conditions de marché actuelles ne favorisent pas la sérénité du secteur financier, on peut se demander si les rumeurs et annonces multiples qui fondent ces inquiétudes justifient des variations aussi importantes des titres bancaires.

Outre-Atlantique, il semblerait que les déboires de Lehman Brothers et de ses consoeurs aient tendance à motiver des avis peu encourageants sur la solvabilité des banques belges, voire franchement alarmistes. Ainsi, Fortis a vu sa recommandation abaissée de "acheter" à "neutre" par Merrill Lynch qui s'inquiète de sa capacité à lever des fonds. La banque américaine justifie sa décision par "une perte de confiance en la situation du capital de Fortis".

Certes, la solvabilité de Fortis n'est pas la meilleure actuellement si on la compare à son niveau d'il y a un an à la même époque. Cela ne veut pas pour autant dire que la situation est catastrophique. C'est en tout cas l'opinion d'Yvan Lathouders, analyste de la banque Degroof : "Fortis va vendre certaines de ses activités (ndrl, notamment aux Pays-Bas) et émettre des papiers hybrides, des actions préférentielles qui constituent autant de capital. Cela va aider à la solvabilité".

Pour rappel, depuis le début de cette année, Fortis a procédé à deux émissions obligataires, l'une de 650 millions d'euros, l'autre de 750 millions de dollars. Le groupe belgo-néerlandais devrait lever d'autres fonds en 2008 et en 2009 dans le cadre de l'intégration des activités d'ABN Amro.

Dexia dispose d'une position encore plus confortable selon l'analyste. "Dexia se situe dans des conditions beaucoup plus normales, elle a moins de problèmes de solvabilité et un rating toujours plus élevé".

Ce qui n'empêche pas le titre d'être malmené. Pour Albert Ploegh, analyste chez ING Wholesale, Dexia sera affecté par les dépréciations consécutives à la crise du crédit et pour cette raison, il maintient sa recommandation à "conserver".

Toutefois, Ploegh, qui rejoint Lathouders sur ce point, pense que la base du capital est suffisamment forte pour supporter la crise du crédit. "Il est possible que nous nous trouvions dans l'oeil du cyclone. Vu la prestation relativement forte de Dexia cette année, la prudence est de mise", rajoute-t-il.

Plus tard dans la matinée, Exane BNP Paribas se révélait encore moins conciliant, abaissant la recommandation sur le titre à "sous-performer" et justifiant sa décision par les risques accrus de dépréciations dans sa filiale américaine, FSA.

FSA, le seul rehausseur de crédit dont la notation AAA n'a pas été remise en cause à ce jour, a été rattrapé par la crise de l'immobilier américain au premier trimestre en accusant des pertes liées à l'assurance de crédits adossés à des biens immobiliers.

Lathouders émet toutefois une réserve sur la situation inquiétante des portefeuilles d'obligations. "Les taux d'intérêts augmentent, ce n'est pas bon pour les obligations et cela a un impact négatif sur la solvabilité".

De manière générale, les conditions de marché ne sont pas étrangères à la mauvaise performance des bancaires. "Pour chaque 10% que les marchés chutent, Fortis perd 650.000 euros de core capital", commente Lathouders. Et les ratios sont affaiblis, ce qui n'est pas très confortable, mais comme dit plus haut, la situation n'a rien de catastrophique et reste endémique au secteur.

Pour Dirk Peeters de chez KBC, il n'y a pas non plus de raison d'exagérer les craintes liées à la solvabilité des bancaires. "Dans le climat actuel, il est facile de répandre des rumeurs au sujet des banques sur le marché. Par exemple, si on a des positions à la baisse".


Sarah Godard

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