Le vin pour investir autrement

Les grands crus, surtout bordelais, constituent-ils un des meilleurs investissements du moment? Une étude cautionne cette idée. À une période où les vins très réputés vont nous coûter peut-être 500 euros et d’autres, modestes mais délicieux, dans le même excellent millésime, 125 fois moins…

Bruxelles (L'Echo) - Dans un monde où les taux d’intérêt flirtent avec zéro, on observe une demande pour des formes de placement alternatif, aux avantages parfois encore inconnus.

Philippe Masset est professeur à l’école hôtelière de Lausanne et son compatriote Jean-Philippe Weisskopf, chercheur à l’université de Fribourg. Ces deux économistes suisses ont procédé à une étude comparative entre le prix des vins (400.000) et l’index Russell 3000, de janvier 1996 à janvier 2009, soit donc sur 13 ans.

Ils ont aussi, dans le cadre de cette étude, pris en compte 144 ventes de vins aux enchères, sur un montant total de 237 millions de dollars, pour construire leur fichier/indice des vins issus des millésimes 1981 à 2005. Les résultats sont consignés dans un ouvrage au titre révélateur: «Levez vos verres: investissements dans le vin et crise financière». Les chiffres sont édifiants. Depuis juillet 2008, le vin a pris 17% alors que les «stocks gauge» (mesures des valeurs) déclinent de 47%.

L’exercice – celui d’investir dans le vin – ne relève toutefois pas d’un simple achat de néophyte chez le caviste de votre quartier. Pour l’investisseur, il s’agit de posséder certaines connaissances. D’abord, acheter des vins de très grande qualité, de vignobles et de crus réputés et issus – uniquement – des meilleurs millésimes. «Surtout depuis 2005, estiment les deux chercheurs, les résultats sont impressionnants. Notre ‘wine index’ a plus que doublé, alors que le Russell 3000, lui, a progressé d’environ 50%.»

Les vins les plus recherchés? Ils sont connus, mais rares. Principalement des Bordeaux: les premiers grands crus classés du Médoc (Margaux, Lafite-Rothschild, Latour…), de Pessac-Léognan (Haut-Brion) mais peut-être encore davantage Petrus (Pomerol), Ausone et Cheval-Blanc (Saint-Emilion). Quelques Bourgognes (comme ceux du Domaine de La Romanée-Conti et du Domaine Jayer) et de la Vallée du Rhône (on songe aux crus mythiques en Côte Rôtie, ceux de Marcel Guigal).

Haut de gamme aux USA

Aux Etats-Unis, le pays qui va devenir, dans quelques années, le premier consommateur de vin, dépassant la France, l’Italie et l’Espagne, les investissements «alternatifs» ne sont guère frileux. Dans l’art et aussi maintenant dans le vin.

Drew Nieporent est propriétaire de trois restaurants à New York, dont le «Tribeca Grill» qui s’est vu attribuer un «award» par le célèbre magazine «The Wine Spectator» pour sa carte de vins. «Mes caves à vin me rapportent bien davantage que tous mes autres investissements», constate-t-il. «Plus les vins sont prestigieux, moins le risque est important. Surtout lors de crises financières», osent les deux chercheurs suisses. L’augmentation du prix des supercrus semble aller de pair avec celle de la consommation du vin. Aux Etats-Unis, on a commercialisé l’an dernier 304 millions de caisses (de 12 bouteilles de 75 cl).

Le mensuel «Live-ex 100 Fine Wines Index» indique les mouvements de prix de 100 vins très haut de gamme, sur le marché américain. Cet index a enregistré une hausse de 11,7% durant les trois premiers mois de l’année et en comparaison avec le premier trimestre 2009, ce même index a grimpé de 27,6%.

On ne s’improvise pas dans ce type d’investissement. Ce marché est axé principalement sur les très grands vins et l’offre est minimaliste. Les bouteilles achetées dans de grands millésimes (les collectionneurs acheteurs les connaissent) doivent impérativement être conservées dans de bonnes conditions de température et d’hygrométrie. Lorsqu’on achète des vins ou des œuvres d’art, on évoque davantage le mot spéculation qu’investissement.

Autre constat de nos deux analystes: le rôle déterminant d’Internet dans les démarches commerciales pour ce type de vente.
Et aussi, depuis 2006, les bouteilles achetées plus de 200 dollars pièce et surtout celles acquises autour des 400 dollars, ont vu leur valeur multipliée par quatre… En attendant l’arrivée des 2009 sur un marché qui risque d’être une fois encore spéculatif.

Alors, que choisir? Une bouteille d’un cru classé du Médoc, prenons Château Margaux, à 500 euros ou cet excellent «simple» Bordeaux rouge du même millésime, déjà à la vente, et sorti lors d’une récente dégustation «à l’aveugle»? Petit détail: Pour le même prix, vous pourrez acquérir 125 bouteilles de ce vin… On l’achète pour le boire, pas pour spéculer: mais n’est-ce pas la finalité première du vin?

Patrick Fiévez

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