Merkel en campagne pour une taxe financière

La chancelière allemande défendra ce projet au prochain G20, à Toronto. Le sujet a déjà été abordé mais sans grand succès jusqu'ici. Les mentalités ont-elles évolué?

(AFP) - La chancelière allemande Angela Merkel a expliqué jeudi vouloir convaincre ses partenaires du G20 le mois prochain à Toronto du bien fondé d'une taxation sur les marchés financiers, appelant ceux d'entre eux moins touchés par la crise à se rallier à sa cause.

"Il ne faut pas être particulièrement perspicace pour deviner que ce n'est pas quelque chose sur lequel nous nous accorderons dès le dîner le premier soir ... mais je ne pense pas que cela ruinerait les marchés si nous introduisions une taxe internationale, et je vais faire campagne pour cela", au sommet qui réunira fin juin dans la métropole canadienne les dirigeants des 20 pays les plus puissants du monde, a déclaré Mme Merkel lors d'une conférence sur la régulation organisée par Berlin.

Elle a continué à évoquer indifféremment une taxe sur les transactions financières, sorte de "taxe Tobin" qui verrait le prélèvement d'une portion fixe du volume de toute transaction, et une taxe sur les activités financières, telle que proposée par le Fonds monétaire international (FMI). Prélevée sur les profits et rémunérations, ce serait une sorte de taxe sur la valeur ajoutée du secteur financier.

Quoi qu'il en soit "ma requête au G20 et à la présidence sud-coréenne est: même si vos pays n'ont pas été particulièrement concernés par ces tendances ... je pense que c'est une tâche qui doit être accomplie aussi dans les pays qui n'ont pas été touchés par la crise", a plaidé Mme Merkel.

La Corée du Sud prendra la présidence du G20 après le Canada dont c'est actuellement le tour.

Chin Dong-Soo, président de la commission des services financiers sud-coréenne, a estimé à Berlin que "les problèmes budgétaires actuels en Europe (avaient) renforcé l'importance du G20 comme instance de coopération internationale".

Le G20 s'est déjà penché la taxation des marchés lors de sa dernière réunion à Washington, en avril, et les dissensions étaient apparues au grand jour.

Depuis, la situation a évolué. Il ne s'agit plus seulement de taxer les banques que beaucoup d'Etats ont dû mettre sous perfusion au coeur de la crise.

La zone euro vacille et les marchés sont "hors de contrôle", selon le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble. Les gouvernements européens, Berlin en tête, veulent non seulement compenser les coûts faramineux du sauvetage des pays européens les plus fragiles, mais aussi tenter de mettre un frein à la spéculation.

Pour José Vinals, directeur du département marché monétaire et des capitaux du FMI, "certains pays ne verront peut-être pas la nécessité de mettre en oeuvre une telle réforme... mais personne ne sait où la prochaine crise frappera". Certains pays pour le moment épargnés "pourraient se retrouver à l'épicentre de la prochaine crise", a-t-il prévenu.

Parmi les opposants à une taxation du secteur financier, le Brésil avait exprimé de fortes réserves le mois dernier. Le secrétaire d'Etat au Trésor canadien Tim Macklem a pour sa part estimé jeudi qu'il n'y avait "pas de consensus" sur ces questions au sein du G20, et "pas de solution uniforme".

Même en Europe, l'idée, pourtant défendue par le président de la Commission européenne, ne fait pas que des émules.

La France s'est montrée prudente pour le moment. Comme l'Allemagne, elle a déjà adopté la création d'une taxe bancaire, pour faire participer le système financier aux coûts du sauvetage des banques en 2008 et 2009.

La ministre française des Finances Christine Lagarde a assuré jeudi dans un message vidéo diffusé à Berlin que France et Allemagne étaient "sur la même ligne" en matière de régulation financière, mais sans évoquer un impôt supplémentaire.

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