Embarquement immédiat

Z'avez pas pu quitter, cet été, votre résidence quotidienne laborieuse de Nollevaux et ses 253 fermiers, province de Luxembourg, ou votre Halmaal limbourgeois et ses 318 habitants? C'est plutôt prudent, par les temps qui courent - comme les avait une fois encore prédits le cinéma engagé, avec un film comme "My Son, the Fanatic", 98, 16/20, de l'Anglaise d'origine pakistanaise Udayan Pradash, où un chauffeur de taxi, musulman naturalisé et bien intégré dans une petite ville des environs de Birmingham, se trouve soudain nanti d'un menaçant fils islamiste intégriste, dur et pur, complotant contre la société britannique...

(l'écho) Aussi bien, cette semaine, vos salles vous proposent l'embarquement immédiat pour Miami, Los Angeles, et Okinawa, sans passage aux détecteurs de métaux et liquides de services de sécurité, avec même vos bagages à mains. Grâce à trois films vacanciers: "Miami Vice", de Michael Mann; "Echo Park" de Richard Glatze et Wash westmoreland (rien à voir avec le général commandant en chef des forces armées américaines au Vietnam...); et le japonais "Takeshis", de et deux fois avec l'illustre icône du cinéma du soleil-levant: Takeshi Kitano.

Les infiltrés de la blanche

"Miami Vice" vous plonge en effet jusqu'au cou, et au-delà, dans la ville de vacances par excellence des retraités américains nantis qu'est la capitale des exilés cubains anticastristes en Floride.

Mais l'ambiance du film réalisé par Michael Mann ("Ali", 01, 17/20; "Collateral", 04, 10/10) est tout sauf reposante et décontractée, comme on le cherche en vacances. Dans des lieux obscurs à l'atmosphère sinistre, des hommes vêtus de sombre, et au visage énigmatique (quand il n'est pas invisible) se préoccupent de "la blanche", la drogue, qu'ils soient mafieux en tous genres ou de l'autre bord agents du FBI, CIA, ATF, SWAT, ICE et toutes autres initiales qui désignent au cinéma les agents secrets. Y compris les "undercovers", les infiltrés d'un bord dans l'autre, et vice versa, pour ne pas clarifier le jeu.

Sorte de condensé d'une série télévisée à succès qui a occupé le jeune Michael Mann pendant six ans, de 84 à 90, le sujet de "Miami Vice", c'est comme démanteler une ou plusieurs filières de "la blanche". Au nom de "révéler la vraie vie des undercovers", dit, sans rire, le cinéaste.

Au fil de rencontres avec des truands véreux, des agents secrets, des responsables haut placés d'un côté, les seigneurs de la drogue de l'autre, Michael Mann nous mène à toute allure en bateau, dans le sillage de gens dont on n'a pas le temps de deviner qui est qui et qui fait quoi. Soit en hors-bords reliant en deux temps trois écumes de vagues sur la mer des Caraïbes, Miami à La Havane (mais pas celle de Cuba, une petite station de Louisiane); en avion furtif ou non survolant le Nicaragua, à moins que ce soit la Colombie; et bien entendu en bagnole filant à toute vitesse, et même plus vite encore, sur des autoroutes américaines sans qu'aucun shériff ne surgisse et fasse signe de se ranger sur le bas côté, comme à un vulgaire Mel Gibson?

Mieux vaut une douche qu'une baignoire

Oserons-nous dire qu'avec tous les clichés plus ou moins involontairement comiques, cette histoire de bons contre mauvais, simple après tout, devient vite lassante à force de répétitions de péripéties pratiquement prévues pour autant qu'on puisse suivre le rythme effréné de l'action. Où, bien entendu, les armes automatiques tuent un peu tout le monde, sauf les deux infiltrés qui furent eux-mêmes mauvais garçons: Colin Farrel le blanc rescapé de l'"Alexandre" d'Oliver Stone, 04, 11/20; et Jamie Foxx, le noir qui ne méritait pas ça après avoir été si émouvant en "Ray" (Charles) de Taylor Hackford, 05, 19/20.

A part pour ceux qui aiment les scènes de tirs aux pipes ou de poursuite automobile en Floride (ou ailleurs), c'est plutôt barbant. Même si l'on peut sursauter de plaisir en découvrant le casting le plus monumental des blockbusters faisant de l'idole chinoise Gong-Li une femme d'affaires cubaine mafieuse.

Et puis, tout de même une ou deux petites échappées romantiques pour dire qu'on a beau être flic ou mafieux on n'en a pas moins des sentiments. On n'oserait pas dire que les deux ou trois galipettes que Michael Mann nous montre, pour nous laisser le temps de respirer, sont d'une originalité érotique confondante. Mais au moins comportent-elles un enseignement pratique: quand on installe ou rénove une salle de bains, mieux vaut privilégier la douche à la baignoire. C'est infiniment plus confortable pour s'adonner aux petits jeux sexuels auxquels, aujourd'hui, bien peu de films osent déroger...

Un titre latino plus approprié: Quinceanera

Los Angeles a, c'est certain, une réputation plus sulfureuse encore que Miami - quoi qu'avec la retraite annoncée de Fidel Castro, on va sans doute en vivre de belles sur les réfugiés cubains. Mais dans l'"Echo Park" angeleno, on se trouve plongé non pas dans la ville tentaculaire, mais dans une population mexicaine, ses habitudes, des m?urs, ses problèmes. Pour le film qu'en ont tiré les immigrés américains Richard Glatzer et Wash Westmoreland, qui s'y sont installés en 2001, on doit donc préférer le titre latino "La quinceanera" à "Echo Park".

Il évoque un peu ce qui se passe également à Harlem ces temps-ci: d'un faubourg déshérité habité par des sans-le-sou flirtant dangereusement avec la loi, la promotion immobilière a fait un quartier chic, et cher, chassant les habitants originels. Dont les cinéastes font ici le portrait de groupe.

"La Qinceanara", pour lui donner son titre évocateur, c'est une cérémonie à laquelle aucune famille mexicaine ne peut, parait-il, se soustraire: le jour de ses quinze ans, toute jeune fille est l'héroïne d'une fête de famille qui la déclare adulte. Une cérémonie qui remonte, dit-on, à l'époque aztèque, presque cinq siècles avant JC, pour laquelle bien des familles s'endettent, et auprès de laquelle nos "premières communions" ne sont que toute petite bière.

En faisant de Magdalena (Emily Rios) une gamine enceinte avant ses quinze ans et rejetée de ce fait par son père intransigeant, le tandem Glatzer-Westmoreland risquait de nous livrer un sombre mélo pleurnichard. Il n'en est rien car ils ont su élargir le propos pour brosser un tableau à la fois brillant et amusant de m?urs latinas. La joie de vivre des habitants d'"Echo Park" sourd partout dans le film. Magdalena doit apprendre les danses traditionnelles de la communauté où elle a trouvé refuge auprès de son oncle Tomas, plus tolérant que son père.

Mais le côté savoureusement folklorique n'est jamais béni-oui-oui: les préparatifs de la fête ne cachent pas la dureté des m?urs latinas et le refus de l'évolution des m?urs chez les anciens, en dehors même du côté économique immobilier quelle implique.

L'image du brave oncle Tomas, ostracisé par la famille, démontre qu'il y a toujours moyen de vivre, en mettant de l'eau dans sa... tequila. Pas étonnant que cet "Echo Park, L.A.", à la fois très amusant et très dramatiquement psychologique, ait récolté à la fois le Grand Prix, et le Prix du Public au Festival de Sundance cette année.

Trois Takeshis pour le prix d'un

Avec "Takeshis", de Monsieur Takeshi (prénom) Kitano (nom de famille), vous en avez d'un coup pour toute une période vacancière. L'artiste est là trois fois - et encore: comme auteur, c'est-à-dire déjà concepteur du sujet, scénariste, et réalisateur; et doublement comme interprète: Takeshi Beat, la vedette populaire du show-business japonais qu'est effectivement Mr T.K., et son sosie, un anonyme caissier roux de supérette, qui rêve d'être lui aussi vedette des grand et petit écrans.

Le propos est à tout le moins insolite

Il s'agit moins d'un autoportrait faussement sans complaisance où l'artiste joue à la fois de sa popularité comme vedette comique d'une émission hebdomadaire de la télé japonaise dont il fait mine de n'être pas très fier, et de son statut d'auteur-interprète internationalement respecté du cinéma japonais le plus personnel.

Ayant fait des débuts non remarqués comme acteur dans le film de Nagisa Oshima "Merry Christmas, Mr Lawrence" ("Furyo"), 83, 19/20, le clown vocal à la Devos des cabarets de Tokyo qu'était alors le jeune Beat Kitano, en duo avec un Beat Kiyoshi, "The Two Beats", a pris goût au cinéma, où il exprima comme auteur-interprète les outrances obsessionnelles du cinéma japonais en matière de violence (yakuzas) et de dépravations sentimentales: "Brother" ("Aniki, mon frère"), 01, 8/10; "Kikujiro" (L'été de Kikujiro), 99, 17/20; "Dolls" (Dooruzu), 03, 13/20; et le plus récent "Zatoichi", 03, 10/10, où il excelle à basculer les conventions dans le burlesque en faisant danser les claquettes à un corps de ballet médiéval.

Se déclarant las de jouer ainsi régulièrement sur les mêmes conventions et décidé à repartir sur une base nouvelle "en renonçant à la violence dans les films avec un début, un milieu et une fin", le cinéaste brûle dans ce "Takeshis" ce qu'il a adoré et qui l'a fait adorer: les yakuzas, les geishas, les armes à feu, les conventions typiques.

Au point de s'installer dans un restaurant fast-food pour y manger un spaghetti bolognaise, mais avec des baguettes...

Le testament est bourré de trouvailles - dans une discothèque, le DJ joue des mamelons d'une fille comme d'une platine pour régler sa musique; ailleurs une cliente présente deux fois un billet de 10.000 yen pour régler un achat de 10 yen, etc. - et d'insistances humoristiques, satiriques surtout, dans les auditions que passe le caissier roux Kitano pour un mini-rôle de cinéma, en concurrence avec des yakuzas tueurs.

Mais finalement le film se mange un peu trop la queue en concerts de mitraillades-revolverades allusives, pour convaincre d'autres que de grands initiés de la kitomanie. Même s'il ouvre et se clôt sur une image éloquente d'un soldat japonais menacé par la baïonnette d'un marine US.

"Un cauchemar que j'ai réellement fait", confie le comique Takeshi Kitano.

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