La "boule Zidane" pour rire à l'Auberge de Boendael...

A l'Auberge de Boendael, Zinédine a donné des idées au chef. Lequel, sur la carte des desserts, vient d'ajouter "la boule Zizou au limoncello". Et nous avons été les tout premiers à apprécier ce mariage de vanille et de citron qui, en fin de repas, apporte au palais une note d'une surprenante fraîcheur.

(l'écho) Zidane, ça commence à bien faire. S'il aurait préféré, comme il dit, "prendre une droite dans la gueule plutôt que d'entendre ça", c'est la preuve que le super-héros n'a jamais été un super-champion. Et que, s'il a réussi de temps à autre à marquer des goals, le joueur incapable de résister aux pressions et aux injures (qui sont monnaie courante dans ce genre de sport) a tout intérêt à prendre sa retraite. Pour se faire oublier après s'être excusé "auprès des enfants et des éducateurs" pour cet acte qui lui a valu de terminer sa carrière sur un carton rouge. "Mon geste n'est pas pardonnable", a cependant déclaré l'ancien no 10 des Bleus. Mais, selon lui, "il faut sanctionner le vrai coupable. Car le coupable, c'est celui qui provoque".

A 34 ans, écrivent des éditorialistes de la presse française, Zizou est entré dans le Panthéon des joueurs de légende. Par deux fois, il a su hisser l'équipe de France sur les plus hautes marches de l'histoire. Son intelligence du jeu, sa modestie et sa simplicité ont fait de lui une icône planétaire, dépassant la légende d'un Pelé ou d'un Maradona?

Ouais! En attendant, à cause de son vilain coup de boule, le sieur Zidane nous a fait vivre une très mauvaise soirée.

S'étant autoproclamée "zone no foot" pendant le Mondial, la brasserie Salviat était en effet revenue sur sa décision et revendiquait très opportunément son appartenance française. D'où une ouverture exceptionnelle, dimanche dernier à Ixelles, pour une soirée "Champion du monde" avec retransmission en direct et sur écran géant de la finale France-Italie. Avec un menu unique de 3 services "bleu, blanc, rouge" à 25 euros et un forfait boissons à 10 euros. Mais ce repas, les convives-supporters ont eu du mal à l'avaler d'autant que personne, ni avant ni après les tirs au but, n'aurait osé commander une coupe de champagne. Ni même una coppa di spumante. Car dans les bonnes maisons, et entre gens du monde, respect oblige?

En attendant, Zidane (toujours lui) a quand même eu le mérite de nous faire rire sur internet. D'abord avec "Coup de boule", le nouveau tube de l'été réalisé en moins de deux par un quarteron de publicitaires. Ensuite, par la "bonne blague" de la semaine: "Pourquoi les Français se précipitent-ils chez le coiffeur"? Réponse en fin de chronique (*). Et à l'Auberge de Boendael, où nous déjeunions cette semaine, Zinédine a donné des idées au chef. Lequel, sur la carte des desserts, vient d'ajouter "la boule Zizou au limoncello". Et nous avons été les tout premiers à apprécier ce mariage de vanille et de citron qui, en fin de repas, apporte au palais une note d'une surprenante fraîcheur.

Mais qu'on ne se méprenne pas: l'Auberge de Boendael n'est pas devenue le rendez-vous des petits comiques. D'autant qu'étant aux commandes de cette institution depuis 1984, Alain Morel ne cesse de jouer la carte du sérieux dans la qualité. Mieux: en engageant Alain Neckebroeck pour succéder à Johan Van Hoecke (qui n'a pas volé sa retraite), il mise sur une cuisine s'inscrivant mieux dans l'air du temps. Et le nouveau chef n'est pas un néophyte. Son parcours bruxellois passe par l'hôtel Amigo, la Pomme Cannelle, Mon Manège à toi, Le Chalet de la Forêt et Le Crabbegat à Bruxelles. à 45 ans, il a donc décidé de poser ses valises à l'Auberge de Boendael. S'installant au piano en se gardant bien de bousculer les habitudes d'une clientèle fidèle aux grandes partitions: les belles pièces de viande, les rognons à la liégeoise, le turbot, la sole?

Mais la patte du chef, on la trouve ailleurs que dans les classiques: avec un roastbeef de canard fumé, des chipirones sautés à l'huile d'olive, un feuilleté de pied de veau et petits gris de Namur, une lasagne de caviar d'aubergine et chèvre frais? Et aussi avec ce pur délice qu'est le gâteau de chicon caramélisé au fondant de foie d'oie. Une préparation hors du commun servie (pour 17 euros) avec juste ce qu'il faut de vinaigre balsamique et de noisettes grillées.

En dehors des traditionnelles grillades au feu de bois, le chapitre des grosses pièces s'est, lui aussi, enrichi. Avec un turbotin poché au Sancerre et une embeurrée de légumes frais au basilic (23 euros), avec la selle d'agneau rôtie au four et son jus parfumé à la menthe fraîche (même prix), avec une poitrine de pigeon de Loire avec lentilles du Puy au chorizo et galette de pommes de terre (24). L'autre midi, c'est le carré de veau rôti au four qui nous a fait craquer. Avec une sauce aux morilles et des galettes alsaciennes, ce plat proposé dans le "menu du cinquantenaire" (4 services pour 50 euros) nous a rouvert l'appétit, alors que dans un premier temps, la canicule nous avait poussé tout logiquement vers un simple melon-jambon.

Pour fêter son demi-siècle d'existence (et de succès), l'Auberge de Boendael a bénéficié d'un joli lifting. Une touche de modernisme et de fraîcheur dans un décor qui n'a jamais vieilli. Où la salle à manger et le jardin-terrasse aux tables nappées de rose sont toujours aussi avenants. Et nous rappellent bien des souvenirs qu'évoque Alain Morel à l'heure du pousse-café: le temps de la Bergerie et de la Ferme Rose, l'incendie de 1964, l'époque de Vastapane et de VDB? Et quand, en 1984, après avoir quitté le Cercle des Nations, notre restaurateur décidait de s'investir corps et âme dans cette belle fermette du square du Vieux Tilleul.

Collectionneur passionné de tout ce qui touche de loin ou de près aux pneus et à l'entreprise Michelin, Alain Morel n'est jamais parvenu à décrocher une étoile. Mais peut-être que le Bib n'est pas loin. Car la voici de plus en plus gourmande, cette auberge qui se moque des modes prétendument gastronomiques.

Romarin

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