Le père du rap sénégalais tente de décourager les clandestins

Des paroles scandées en wolof sur des images de clandestins échoués sur les routes de l'"Eldorado" européen: le père du rap sénégalais Didier Awadi exhorte les jeunes Africains à "rester chez eux pour construire l'Afrique, plutôt que de se suicider en mer".

(afp) Pour toucher le plus grand nombre, l'artiste a mis en libre accès sur son site internet, le titre phare de son album, "Sunugaal" ("notre pirogue" en wolof, langue la plus parlée au Sénégal), accompagné d'une cinquantaine de photos et de la traduction des textes en français, anglais et espagnol.

"Je me suis mis dans la peau d'un clandestin pour comprendre pourquoi les gens partent par la mer, pourquoi sont-ils si désespérés au point de se suicider", explique l'ex-leader du Positive Black soul (PBS), un groupe sénégalais précurseur du rap ouest-africain dans les années 90.

"Ils (les gens) crient leur déception des systèmes politiques et des promesses d'un mieux-être jamais tenues par les gouvernements, puis se disent: vivre ici, c'est pire que l'enfer, vaut mieux partir en pirogue, déplore ce chanteur de 37 ans.

Selon lui, la pauvreté, principal catalyseur de l'immigration illégale, est le résultat du "fardeau" de la dette et surtout du "pillage de ses ressources" lors de l'époque coloniale.

Mais il n'exonère pas les dirigeants du Sénégal pour autant. Et les paroles de la chanson "Sunugaal" sont explicites: "Vous m'aviez promis que j'aurais du boulot. Vous m'aviez promis que je n'aurais plus jamais faim. Vous m'aviez promis de vraies occupations et un avenir", chante Awadi.

"Toutes vos belles paroles, toutes vos belles promesses, on les attend toujours", scande le refrain.

"En vérité, jusqu'ici je ne vois toujours rien. Voilà pourquoi j'ai décidé de fuir, voilà pourquoi je me casse en pirogue. Mieux vaut mourir que de vivre dans de telles conditions, dans cet enfer", poursuit le texte.

Etat pauvre d'Afrique de l'ouest situé sur la côte atlantique, le Sénégal est à la fois grand pourvoyeur de clandestins et point de départ et de transit pour les "illégaux" vers les îles espagnoles des Canaries.

En dépit des contrôles de plus en plus nombreux le long des côtes, de nombreux jeunes Sénégalais et d'autres ressortissants d'Afrique sub-saharienne prennent le large vers l'Europe à bord de petites embarcations de fortune au péril de leur vie.

Depuis le début de l'année, plus d'un millier sont morts et plus de 13.000 ont atteint, épuisés, souvent affamés et déshydratrés, l'archipel des Canaries.

"Au lieu de fuir, il faut qu'on arrive à être fiers de nous-mêmes, rétablir l'espoir pour construire l'Afrique, car personne ne le fera à notre place", conclut le rappeur.

photo rfi musique

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