Le vol de la joaillerie de l'Ermitage, une affaire de famille

Le trésor de joaillerie volé à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg semble être une affaire de famille: le père et le fils, ex-collaborateur du musée, sont arrêtés, et la mère, décédée en 2005, était conservatrice au dépôt d'où les pièces ont disparu.

"Trois personnes ont été arrêtées et l'une d'elles, Nikolaï Zavadski, 54 ans (le mari de la conservatrice Larissa Zavadskaïa) a été inculpée", a déclaré lundi à l'AFP un responsable de la police criminelle de Saint-Pétersbourg (Nord-Ouest) sous couvert de l'anonymat. Les deux autres personnes interpellées sont le fils de la conservatrice, dont le prénom est également Nikolaï, 25 ans, qui avait travaillé comme expéditeur à l'Ermitage, et un antiquaire de Saint-Pétersbourg dont le nom n'a pas été révélé, selon la même source. Interrogé par l'AFP, le Parquet général à Moscou qui est chargé de l'enquête n'a pas confirmé ces informations, promettant seulement un communiqué dans l'après-midi. "Nous ne savons pas pour l'instant quel était le schéma de ce vol qui a commencé en 1998. Le rôle de Larissa Zavadskaïa n'est pas clair", selon la source policière. Lors de perquisitions chez les Zavadski, la police a découvert une centaine de reçus de monts-de-piété confirmant que le père avait vendu des pièces de joaillerie, ajoute-t-elle. Quant au fils, il "connaissait très bien l'Ermitage, il y a grandi", selon la même source. Ces liens familiaux sont d'ailleurs fréquents dans le prestigieux musée, souligne Ioulia, 33 ans, qui travaille dans le département d'art russe, victime de ce vol, qui n'a pas souhaité communiquer son nom de famille.

"Pour y être embauché, il faut que les parents ou des connaissances travaillant au musée vous aident. C'est la même règle pour tout le monde, à commencer par le directeur", raconte-t-elle. Le directeur du musée, Mikhaïl Piotrovski, a de fait succédé à ce poste en 1992 à son père Boris Piotrovski, mort en 1990. Le dépôt où étaient conservés les objets volés a été mis sous scellés en octobre 2005, comme le prévoit la réglementation du musée, après la mort subite de la conservatrice Larissa Zavadskaïa à l'âge de 46 ans. Celle-ci est décédée d'une crise cardiaque et les circonstances de sa mort ne font pas l'objet d'une enquête, a-t-on précisé de même source au sein de la police criminelle. Son successeur avait constaté l'absence des objets après la levée des scellés, lors d'une inspection de routine du ministère de la Culture qui a débuté au printemps. Après avoir découvert le vol des 221 pièces de joaillerie, l'Ermitage a lancé un appel aux collectionneurs et aux antiquaires leur demandant de l'aider à retrouver les objets disparus. Huit d'entre eux ont été récupérés à ce jour. Six pièces dérobées ont été restituées à la police par des particuliers pendant le week-end, a indiqué la police de Saint-Pétersbourg citée par l'agence Interfax. Il s'agit d'une chope, de trois icônes, d'une coupe en argent et d'un étui à cigarettes décoré d'un saphir et d'émail.

Deux autres objets avaient déjà été retrouvés la semaine dernière. Une icône ressemblant à l'une de celles figurant sur la liste des pièces volées, au cadre en argent serti de pierres précieuses, a été récupérée dans une poubelle au centre de Saint-Pétersbourg après un coup de téléphone d'un informateur anonyme. A Moscou, un antiquaire a de son côté apporté à l'agence nationale chargée de la préservation du patrimoine un calice en argent dérobé à l'Ermitage. La valeur estimée des 221 objets est de cinq millions de dollars, selon le musée, mais, selon des experts, leur prix sur le marché pourrait être supérieur à 100 millions de dollars.

(photo: belga)

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