LECTURE: Amérak

Ce n’est pas Alice au pays des merveilles, mais presque. Bienvenue au royaume de l’absurde avec cette guerre d’Irak racontée par Adrien Jaulmes, grand reporter au Figaro.

(l’écho) –  Un peu occultée par une autre  boucherie, celle d’Afghanistan, la guerre d’Irak n’est cependant pas terminée, tant s’en faut. Un drôle de conflit qui semble ne plus intéresser les medias. Mis à part certains reporters qui s’évertuent à faire leur job et à ramener une vision décalée de cette guerre sans front, sans ennemi visible.
A l’instar d’Adrien Jaulmes, grand reporter pour le Figaro et auteur de ce court récit du premier conflit postmoderne. Un journaliste de terrain parti là-bas, accompagné de son meilleur guide de survie pour un univers absurde : Alice au pays des merveilles.

Amérak, le titre du livre paru aux éditions des Equateurs, peut sembler sibyllin de prime abord. Et pourtant. Amérak désigne ce pays  créé de toutes pièces par les Américains arrivés en Irak et composé de zones protégées ( ?) qui recomposent un semblant d’Amérique en plein désert. Avec restaurants McDo, magasins militaires, cinémas, salles de sports…Des bases protégées par de hauts murs avec sacs de sable et sentinelles. Une version XXIe siècle de la conquête de l’Ouest. Ici, les insurgés ont simplement remplacé les Indiens dont les noms de tribu ont été donnés aux hélicoptères US (Apache, Kiowa, Blackhawk). Chaque jour, des patrouilles américaines sortent de ces fortins pour des missions de patrouille dans un Irak totalement inconnu pour ces GI’s « en lunettes noires, abreuvés d’idéaux démocratiques et de Gatorade (ndlr, une boisson typiquement américaine et au goût infect). » Des soldats venus de l’amérique profonde qui, pour la plupart, n’ont pas l’âge légal pour acheter de la bière aux USA. Mais qui l’ont en Irak pour tuer ou se faire sauter sur les mines de terroristes. 
Une guerre irakienne qui ne connaîtra jamais un traitement cinématographique égal à la guerre du Vietnam. Ici, pas de charges massives d’hélicoptères sur fond de musique de Wagner , pas de bombardement au napalm ou de jungles exotiques. Comme le précise l’auteur dans une description peu flatteuse de ce pays. « Depuis le début, ce fut une affaire sordide. Le pays est ingrat. Les paysages sont plats, monotones ; la nourriture infecte et le climat usant. Les femmes sont voilées. Il n’y a ni front, ni arrière, ni même la plupart du temps de combats. » Si des combats ont lieu, ils se déroulent souvent entre Irakiens de différentes confessions. Vendettas, rivalités, banditisme ou haines ancestrales sont le lot quotidien de cette société irakienne dans laquelle les Américains sont les intrus. La redoutable machine de guerre américaine ne peut absolument rien faire pour changer les mentalités séculaires.


Avec son style percutant, l'auteur réussit le pari de nous livrer une vision imagée de cette guerre dans laquelle il essaie de garder les yeux bien ouverts. Via ses petits chapitres, il veut de donner une version globale de ce conflit au sort toujours incertain. Bien malin celui qui pourra désigner le "vainqueur "ou la fin de cette histoire. On ne s'ennuie pas une seconde à la lecture. c'est un fait. Au contraire, on peut même regretter le faible nombre de pages, 144. 

Comme pour l’Afghanistan, la gestion de l’Irak par les troupes alliées semble erratique. On ne peut s’empêcher, dès lors,  de reprendre cette citation de Lewis Carroll, citée fort justement par l’auteur : « si vous ne savez pas où vous allez, toutes les routes vous y mèneront. »  

Philippe Degouy
philippe.degouy@lecho.be

 

Amérak. Par Adrien Jaulmes. Editions des Equateurs. 144 pages. 14 euros environ

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