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LECTURE: “Autoroute vers l’enfer”

Rédigé par John Geddes, mercenaire en Irak, ce document donne enfin la parole à ces ex-soldats venus chercher quelques miettes de la fortune dépensée pour la sécurité de l’Etat irakien. Une mission non dénuée de risques.

(l’écho) – « Je m’appelle John Geddes et j’étais sous-officier dans le SAS avant de devenir soldat de fortune. Je loue mes services ou, si vous préférez, je suis un mercenaire. Je n’ai aucun ennemi, à l’exception de ceux qui me considèrent comme le leur. »

Malgré son titre rock n’ roll, emprunté au groupe AC/DC, ce livre n’a rien de racoleur. Que du contraire. L’auteur y relate son expérience de mercenaire en Irak.  De quoi y voir plus clair, car tout et n’importe quoi a été rédigé sur ces mercenaires.  Chiens de guerre, affreux, soldats de fortune ou « contractors », peu importe comment on les nomme. Ils ont souvent occupé le devant de l’actualité. Pas toujours à leur avantage, certes. Mais, les écarts de quelques « amateurs » ne doivent pas occulter le travail effectué par d’autres et reconnu par les autorités militaires. Quant à l’autoroute dont il est fait mention dans le titre, il s’agit de l’axe routier qui existe entre Amman en Jordanie et Bagdad. Une autoroute reconnue comme la plus dangereuse au monde avec deux sites propres aux traquenards : la rocade  de Fallouja et le périphérique de Ramadi.

 Vétéran du mercenariat en Irak, John Geddes peut se targuer d’une belle expérience de terrain dont il ne se vante nullement. Au contraire. Pour lui, la survie dans le pays tient à trois choses : profil bas, profil bas et enfin profil bas. En cela, les méthodes britanniques différent radicalement de celles des collègues américains plus prompts au passage en force, avec dégâts à la clé. Loin de faire l’apologie de la violence, John Geddes préfère témoigner du danger permanent et se propose de distiller d’avisés conseils aux journalistes qui souhaiteraient se rendre en Irak et revenir en un morceau. Se trouver plongé au cœur d’un conflit sans front véritable et sans ennemi reconnaissable n’a rien d ‘une partie de plaisir. Même pour les pros.Au fil des pages, l’auteur raconte ainsi ses missions de protection de personnalités ou de journalistes. Avec souvent la peur au ventre quand les insurgés décident de se payer quelques « yeux blancs », ces occidentaux aux lunettes de soleil.  Ou quand, sur les routes du pays,  il faut croiser des paquets suspects ou des cadavres d’animaux, autant de cachettes possibles pour ces redoutables explosifs déclenchés à distance et à l’origine de la majorité des pertes de la coalition.John Geddes nous donne à découvrir un monde peu connu où se fréquentent anciens membres des forces spéciales de tous les pays et gros bras venus en Irak se faire peur. Tous partagent au moins un point commun : la volonté de ramasser les miettes des 43 millions de USD dépensés quotidiennement pour la sécurité de l’Irak. Non sans risques puisque plus de 300 contractors ont perdu la vie depuis leur engagement. Capable d’autocritique, John Geddes revient aussi sur la nécessité de réguler l’usage des SMP (sociétés militaires privées).  Critiquées par la presse mais présentées comme moyen idéal de résoudre les crises. « Kofi Annan a un jour déclaré qu’il aurait pu sauver des centaines de milliers de vies s’il avait pu faire intervenir des SMP au Rwanda » souligne l’auteur. « Et en effet, poursuit-il, que vaut-il mieux avoir sur le terrain : des hommes qui savent se battre, si nécessaire, ou des casques bleus généralement inefficaces. » Le débat est lancé , et la réponse pas définitive.

Quant à l’avenir du pays, comment oublier les propos de cet homme d’affaires koweïtien repris dans l’ouvrage: «Certes, les Irakiens ont été débarrassés de Saddam, mais maintenant ils sont libres de s’entre-tuer et c’est ce qu’ils vont faire.» De fait.

Philippe Degouy

Autoroute vers l’enfer. Par John Geddes. Editions Movie Planet (Nimrod). 19 euros environ. 224 pages.

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