LECTURE: Dagon, et autres nouvelles de terreur (H.P. Lovecraft)

Un peu oublié dans la masse de romans publiés mois après mois, Howard Phillips Lovecraft mérite pourtant mieux que cela. L’occasion de le prouver avec cette réédition du recueil de nouvelles Dagon.

(l’écho) – Bonne idée de la part de la maison d’édition Le Pré aux Clercs que d’avoir republié ce recueil de nouvelles d’H.P. Lovecraft, Dagon.

L’occasion pour nous de reparler d’un auteur de génie, considéré comme l’un des géniteurs de la littérature fantastique et d’épouvante au XXe siècle. Et ce bien avant le roi Stephen et ses suiveurs, plus ou moins doués.
Sacré personnage que ce Lovecraft, né en 1890 et décédé en 1937 ! Solitaire, nécrophile, raciste et fauché. Pas facile de réussir dans la vie avec ce cocktail indigeste. Et pourtant, l’auteur est resté dans les mémoires pour ses talents à générer auprès de ses lecteurs la terreur et le frisson. D’accord, il ne faut pas être sujet aux dépressions pour apprécier pleinement cet auteur envahi par le mal-être. Mais reconnaissons ce talent de décrire des scènes à faire dresser les cheveux sur la tête en quelques pages. Lui n’avait pas besoin d’écrire des centaines de pages pour stimuler nos sens. On ne citera pas de noms.

L’idée première de son œuvre tourne autour du temps. Du passé plus précisément. Car l’avenir n’intéressait nullement cet homme mal dans sa peau, peu à l’aise dans ce monde, souffrant de phobies. Comme la mer, qu’il détestait. Une peur panique que l’on retrouve dans Dagon qui met en scène un dieu marin revenu à la surface pour hanter les humains. Une nouvelle à glacer le sang et qui vous dégoûtera certainement des poissons pour quelques semaines. Au moins.
Le recueil comprend une trentaine de nouvelles, qui, si l’on connaît la vie de leur auteur, dévoile de larges pans de sa personnalité. Lovecraft n’écrit pas sur la peur et l’angoisse. Il les vit. Il les incarne. Au plus profond de lui-même. Parmi les thèmes détaillés figurent les civilisations disparues, les livres mystérieux ou ces monstres venus des entrailles de la terre pour menacer l’humanité et la dévorer.

Parfois, il a aussi ce don de prédire l’avenir. Comme sa vision de la ville dans Azaroth, sombre et semblable au portrait de nos grandes métropoles modernes. « Quand l’étonnement disparut de l’esprit des hommes, quand les cités grises érigèrent dans les cieux enfumés de hautes tours sinistres et laides, dans l’ombre desquelles il n’était plus possible de rêver au soleil ou aux prairies fleuries du printemps, il se trouva un homme pour effectuer un voyage hors de cette existence et partir dans l'espace, à la recherche de nos anciens rêves. »  Une magnifique nouvelle de deux pages mais teintée d’une tristesse insondable.

« Mon Dieu, vais-je me réveiller ? », écrit-il à la fin du récit La chose dans la clarté lunaire. Le monde dans lequel il vit est un cauchemar dont il s’évade, enfin,  en 1937. Terrassé par un cancer de l’intestin, il voit la mort arriver comme le moyen de quitter cette vie sans joie. « J’écris couché sur ce que le docteur dit être mon lit de mort, et ma plus grande déception serait qu’il se fût trompé. Mon enterrement devrait avoir lieu la semaine prochaine. » (Le descendant). Courageusement, aux dires des infirmières à son chevet, il a rejoint « les golfes terrifiants de l’au-delà. Ces abîmes inconnus d’où nous ne pouvons jamais revenir. »

Un livre à emporter dans vos bagages. Sans hésitation.

Philippe Degouy
Philippe.degouy@lecho.be

Dagon. Par H.P. Lovecraft. 344 pages. Editions Le pré aux Clercs. 18 euros environ.

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