LECTURE: Deuxièmes séances (roman)

Romancier, Christian Authier est également un fou de cinéma. Une passion pour les salles obscures racontée sous la forme d’un roman autobiographique teinté de clichés sortis de séries B. Et si, comme le précise l’auteur, « vous n’aimez pas le cinéma, bien allez vous faire foutre ».

(l’écho) – N’allez surtout pas parler à Christian Authier des grosses productions cinématographiques qui inondent les mégacomplexes. Son truc à lui, ce sont ces petites perles injustement méprisées par la critique. En fin connaisseur du 7e art, il aime jouer les archéologues et dénicher le petit film de série B. « Les clandestins, les mal-aimés, les films du second rayon, ceux traités en trois lignes dans les journaux du mercredi. »
 Une passion pour le bizarre qui date de sa tendre enfance quand il savourait dans les petites salles de son quartier de province des films de série B.
« A nous, les handicapés, les inadaptés, les irréguliers, les réfractaires, ceux qui rient d’un rien ou que ce nuage qui passe peut plonger dans la mélancolie : le cinéma a offert des modèles, des pères, des frères, des sœurs, des maîtresses. Nous avons plus vécu que si nous avions mille ans. »

Entre les anecdotes autobiographiques, savoureuses comme une madeleine de Proust, se sont glissées de vraies critiques cinématographiques. Celles de films appréciés par l’auteur. Et pas forcément connus du grand public. On y découvre ainsi des œuvres méconnues de Michael Mann, de Mel Gibson, Matthew Chapman… Et comment oublier le regard halluciné de Christopher Walken ou le sourire  carnassier de James Woods. Plus qu'un récit de souvenirs et d'anecdote, ce roman constitue une véritable leçon de cinéma avec la critique de ces petits trésors rarement diffusés à la télévision.


« Ne me bousculez pas, je suis plein d’images. » Oui, nous aussi.


D’images, et surtout de souvenirs d’une époque révolue. Comme ceux relatifs aux petites salles de quartier fréquentées les jours de congé où les ouvreuses plaçaient les spectateurs en retard avec une petite lampe de poche. Et quand l’entracte éclairait la salle, les mêmes employées revenaient avec les chocolats glacés. Aujourd’hui, ce sont les femmes de ménage qui envahissent les salles à peine le film terminé. Pour nettoyer le champ de bataille laissé par les spectateurs goinfrés de popcorn.


« Et quand arrive le générique de fin, on reste suspendu à ces instants imaginaires qui font évoluer dans un ailleurs à la fois flou et extrêmement précis entre nos vies terrestres et nos vies rêvées. »
Un peu la même impression que l’on peut ressentir en refermant ce recueil de souvenirs vécus par un quadra nostalgique. «Les films ne sont pas l’une de ces failles par où la vie fuit, mais un espace qui nous accueille. Toutes ces ombres errantes vues sur les écrans auront toujours le refuge d’un cœur et d’une mémoire. Le cinéma continuera longtemps après nous. »

« Les films sont plus harmonieux que la vie. Ils avancent comme des trains dans la nuit » (François Truffaut)

Philippe Degouy
Philippe.degouy@lecho.be


Deuxièmes séances. Par Christian Authier. Editions Stock. 18 euros environ. 192 pages.

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