Lecture: "Grands reporters, l’envers du décor"

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Le profil de grand reporter continue de fasciner les foules. Il s’agit pourtant d’un métier difficile qui demande un juste équilibre entre information et dénonciation, entre rigueur journalistique et contraintes de terrain, qu’elles soient militaires ou politiques. Alexandre Janvier raconte l’envers du décor de l’actualité.

(l'écho)- A travers cet ouvrage sur les grands reporters, c’est l’envers du décor de l’actualité qui défile sur le petit écran que propose le journaliste belge Alexandre Janvier (RTBf radio). Il décrit tous les aspects de ce métier difficile et exigeant (chaque année, environ 100 professionnels de l’info tombent sur les différents théâtres de guerre), mais qui continue pourtant de fasciner les foules. Derrière un reportage télévisé, une photo dans un magazine ou une interview radio se cachent mille et une péripéties souvent ignorées du grand public.
Le grand reporter parle avant tout des gens qui se retrouvent au milieu des guerres et des catastrophes. Le rôle du témoin-rapporteur est d’une importance capitale dans nos sociétés, surtout si, comme cela arrive, il entraîne des réactions. Celui qui restera à jamais comme le symbole du grand reportage, Albert Londres, est le premier d’une longue lignée de journalistes engagés. Certains de ses reportages ont eu des conséquences positives, comme celui sur le pénitencier de Guyane. Au point qu’en 1924, le gouvernement français a décidé de supprimer cette geôle aux piètres conditions d’hygiène.


Alexandre Janvier consacre un long chapitre aux relations d’amour-haine entre la presse et les forces armées, relations qui n’ont jamais cessé de fluctuer en fonction des réactions de l’opinion publique et des circonstances de terrain. Là où les correspondants de guerre de 1940-45 étaient étroitement encadrés, les journalistes qui ont couvert le conflit au Vietnam ont joui d’un degré de liberté jamais atteint, ni avant ni après. Durant cette guerre, tout avait été mis en œuvre pour que les journalistes puissent travailler dans les meilleures conditions. Les autorités militaires américaines fournissaient aux reporters une accréditation, un treillis de combat et un grade de Commandant, en échange d’une carte de presse, d’une assurance et d’une lettre signée par la rédaction. Ainsi, en cas de capture, les journalistes n’étaient pas considérés comme des civils ou de simples soldats, mais comme des officiers.
Une fois la guerre du Vietnam perdue et puisque pour beaucoup, cette défaite est due à la presse, le vent tourne. A partir de l’invasion de Grenade en 1983, le Pentagone reconsidère clairement le rôle des médias en cadenassant les journalistes et en mettant la pression sur ceux qui tentent de réaliser des enquêtes indépendantes. Cette évolution culminera avec la première guerre du Golfe en 1990 et l’«embedding», toujours d’actualité en Irak en 2003.


Alexandre Janvier s’attarde par ailleurs sur les deux «écoles» de grands reporters avec, d’un côté, les Anglo-saxons, et de l’autre, les Latins. «Là où l’Américain ou l’Anglais sera extrêmement direct, rigoureux et relatera le fait dans la précision du détail de manière un peu froide, le Français ou l’Italien sera plus imagé, plus analytique aussi, et mettra du style et de la couleur», explique l’auteur. Ce qui n’empêche, selon lui, que les reporters français, sous des dehors de baroudeurs et de bons vivants, aient tendance à se montrer particulièrement sûrs d’eux, vantards, frisant par instants l’arrogance.


Il est enfin question de la grosse difficulté qui consiste à combiner voyages incessants et vie de famille. Ce livre, truffé d’anecdotes récoltées aux quatre coins du monde et de toutes les époques, se lit facilement, car il traite à la fois de liberté, d’aventure, d’exotisme et des grandes tragédies humaines de ce dernier siècle.

 

J.-P. B.


« Les grands reporters, du mythe à la (parfois) triste réalité », Alexandre Janvier, Editions L’Harmattan, 252 pages, 26 euros.

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