LECTURE: Le D-Day et la bataille de Normandie

En donnant la parole aux acteurs de cet assaut sur l’Europe, l’historien Anthony Beevor dresse un tableau infernal de l’opération Overlord. Une boucherie sans nom. De son côté, Francis Dreer présente les principaux véhicules alliés utilisés lors de cette campagne.

(l’écho) – Au début de 1944, Joseph Goebbels, alors ministre allemand de la Propagande nargue les Alliés : « ils disent qu’ils arrivent. Alors pourquoi n’arrivent-ils pas ? » Patience. Patience. "Sie kommen".
En ce matin du 6 juin 1944, à l’aube, c’est en effet une armada de plus de 5.000 navires qui se présente face aux côtes normandes. Le début de la fin pour un Reich qui devait durer 1.000 ans. Mais aussi et surtout le premier acte d’une tragédie humaine qui débutera sur les plages et se poursuivra ensuite dans le bocage normand.

Spécialiste des ouvrages historiques axés sur la Seconde Guerre mondiale, Antony Beevor retrace dans son nouveau livre ces longues semaines qui ont marqué l’Histoire. Pour retracer ces événements, l’auteur a donné la parole aux acteurs de ce véritable massacre. Ici, pas de héros à la John Wayne, juste des hommes comme vous et moi.
La description du débarquement sous la mitraille allemande laisse un sale goût en bouche si l’on imagine un tant soit peu le sort de ces soldats crevés par une nuit blanche, en proie au mal de mer, chargés comme des mules et encore obligés de sauter dans une eau froide sous les balles de mitrailleuses.
 « Bon, je tiens à vous rappeler que l’objet de la guerre n’est pas de mourir pour son pays mais de faire en sorte que le pauvre crétin d’en face meure pour le sien » déclarait Patton peu avant l’assaut. Un rappel loin d’être oublié par les paras US lors de la nuit du 5 au 6 juin. Une nuit racontée en détails par Beevor et qui donne froid dans le dos. Les combats furent sans pitié. De part et d’autre, des prisonniers  ont été exécutés. Des paras américains de religion juive ont notamment voulu venger les morts dans les camps tandis que les Allemands jouaient du lance-flammes avec les soldats alliés présentés par la propagande allemande comme des repris de justice.
Et survivre aux premiers affrontements n’a représenté qu’un petit sursis avant les futurs combats dans un environnement naturel sous-estimé par les officiers alliés : le bocage normand constitué de sombres haies à perte de vue.
« Attaquer à travers ces tunnels verts et feuillus te fiche une sacrée frousse. Ici, contrairement au désert, on ne sait pas où les Allemands se planquent » souligne un vétéran des fameux Rats du désert britanniques.

Un autre auteur connu pour ses ouvrages sur le Jour J, Eddy Florentin, avait titré l’un de ses ouvrages Stalingrad en Normandie. Un titre qui n’avait rien d’excessif dans le choix des termes. Comme le démontre Anthony Beevor. « En Normandie, les pertes moyennes par division de part et d’autre devaient excéder celles des divisions soviétiques et allemandes pendant une période équivalente sur le front de l’Est. »
La Normandie fut "sans conteste l'un des plus grands champs de tuerie qu'aucun secteur de la guerre eût jamais connus", jugera plus tard Eisenhower.

Enfin, s’il est juste de saluer le sacrifice énorme des forces alliées, il l’est tout autant en ce qui concerne le calvaire vécu par la population normande. Selon les chiffres avancés par l’auteur, quelque 19.890 civils ont trouvé la mort durant la bataille de Normandie. Sans compter plus de 15.000 tués lors des bombardements préparatoires à l’opération Overlord.
Pour ces civils pris entre deux feux, la libération a souvent été synonyme de deuil et de perte du patrimoine entier. « La Normandie a été l’agneau sacrificiel offert pour la libération de la France » souligne l’auteur.

Les véhicules alliés du D-Day

De la libération de l’Europe, on garde également en mémoire ces images de véhicules frappés de l’étoile blanche déversés par centaines sur les routes de France et d’Europe de l’Ouest. Avec trois symboles, incarnés par le camion GMC 6x6, la Jeep et le char Sherman. Au fil des pages de cet album richement illustré on découvre également des engins encore utilisés longtemps après la guerre comme la dépanneuse Ward-La France ou le transporteur Pacific Car and Foundry M26. L’un des plus gros engins à roues du conflit.
A souligner, l’intéressant chapitre consacré aux engins spéciaux du major-général  Percy Hobart. Des chars spéciaux qui rendront de bons services aux troupes britanniques lors du débarquement. Les Américains les avaient, à tort, mis de côté le 6 juin. Avec comme résultat des pertes inutiles.
La riche iconographie extraite des documents d’époque devrait donner de bonnes idées de diaporama aux amateurs de modèles réduits.

Philippe Degouy
Philippe.degouy@lecho.be

D-Day et la bataille de Normandie. Par Anthony Beevor. Editions Calmann-Lévy. 26 euros. 639 pages.
Les véhicules alliés du D-Day. Par Francis Dreer. Editions E-T-A-I. 194 pages.

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