LECTURE: "Marilyn et JFK"

Rédigé par François Forestier, biographe et journaliste au Nouvel Observateur, l'ouvrage retrace la romance impossible et restée inachevée entre John F. Kennedy et Marilyn Monroe. Une histoire sordide sur fond de mafia, de guerre froide et de trahisons.

(l'écho) - Aucun scénariste ne pourra jamais écrire une trame aussi tortueuse et dramatique que la love story qui a existé entre la star la plus sexy de son époque, Marilyn Monroe, et John F. Kennedy, le président américain le plus charismatique de l'histoire. Le plus tourmenté et le plus malade, aussi.

Même si le sujet est connu dans ses grandes lignes, l'ouvrage reste d'une lecture agréable grâce au style percutant de l'auteur qui a su si bien (trop?) restituer le côté sordide de cette liaison entre deux êtres que l'on peut qualifier de doubles inversés. Une histoire sentimentale vécue sur fond de guerre entre services secrets américains et où interviennent également espions soviétiques, chefs mafieux et acteurs véreux.
Si le livre se montre peu avare en rebondissements, il laisse, une fois achevé, comme un goût de sang en bouche. Difficile après cela de regarder un Sinatra, un Kennedy ou même une Marilyn avec le même regard bienveillant. Le bourbier d'Hollywood dans toute sa laideur.

Il faut dire que les portraits dressés des protagonistes ne sont pas des plus reluisants. Marilyn Monroe, la starlette qui incarne les canons de la beauté féminine est présentée comme une femme au double visage: "la Marilyn l'éclatante et Marilyn la perdue". Peu soignée voire sale, gavée de pilules de toutes sortes, fille facile aux très nombreux amants, capricieuse, incapable de se contrôler lors de crises de folie destructrice. Le portrait n'est pas flatteur.

Quant à JFK, il n'offre pas un tableau plus sympathique. Que du contraire. Un président élu grâce à l'intervention de son papa Joe auprès de la mafia. Malade, drogué, insensible, incapable de résister à ses pulsions sexuelles et à son amours des jeunes femmes... Charismatique certes, mais totalement dépourvu de moralité et d'honneur.

Entre deux coups tordus, le livre relate aussi des anecdotes plus légères. Comme cette déclaration de Billy Wilder après le tournage de "Some Like it Hot": "je suis le seul réalisateur à avoir tourné deux films avec Marilyn Monroe. L'Académie du cinéma me doit une médaille de grand blessé de guerre". Amusante aussi cette histoire de mariage arrangé proposé en 1956 par Aristote Onassis. Son but: lancer Marilyn Monroe dans les bras de Rainier de Monaco pour avoir les mains libres au sein du royaume d'opérette. Hélas pour Marilyn, c'est une autre actrice blonde qui a gagné le gros lot: Grace Kelly.

François Forestier met également à mal des rumeurs à la vie dure. Comme celle relative au suicide de Marilyn ou de son assassinat. Par la Mafia, les Kennedy, la CIA,.... Au choix. Mais comme le souligne l'auteur, aucune des parties en présence n'avait d'intérêt à supprimer Marilyn, trop précieuse comme objet de chantage.
En fait, "Marilyn est morte comme elle a vécu: à la dérive. Nue, ses pilules à portée de main, dans une maison vide, seule dans sa chambre." C'était un 4 août 1962. Vaincue par la malédiction qui avait déjà frappé sa mère et d'autres membres de sa famille, internés pour folie.

Un peu plus d'un an plus tard, son grand amour avec qui elle rêvait de devenir First Lady, allait la rejoindre au royaume des ténèbres. Victime d'un attentat encore entouré de mystère quant aux commanditaires. Mafia? Exilés cubains? Barbouzes ou militaires? Tous avaient des raisons suffisantes pour supprimer ce président qui ne manquait pas d'ennemis.
"Marilyn est morte, JFK aussi. Peut-être se sont-ils aimés. Peut-être".

Philippe Degouy


Marilyn et JFK. Par François Forestier. Editions Albin Michel. 302 pages. 19,50 euros environ

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