LECTURE: Pirates et commandos. Les secrets des opérations spéciales

Grand reporter pour Match, Patrick Forestier nous plonge avec ce document dans les rouages de la lutte contre les pirates somaliens. Un récit de voyage percutant au sein d’une organisation criminelle qui défie les armées occidentales.

(l’écho)- Ce document récemment publié aux éditions du Rocher, c’est un peu l’histoire de David qui défie Goliath. Ou quand une bande de mauvais bougres prennent d’assaut des navires plus grands qu’un porte-avions…

Grand reporter pour Paris Match, Patrick Forestier délaisse cette fois les guerres d’Afghanistan ou d’Irak pour plonger au sein de ce monde de pirates loqueteux somaliens qui abordent tous les navires croisant à leur portée. Sans complexe. Des pirates armés de pétoires dont le seul intérêt au monde s’appelle dollar.


L’auteur revient sur les grandes affaires récentes qui ont mis en scène les pirates somaliens. Les captures du Ponant, du Carré d’As ou celle dramatique du Tanit qui s’est soldée par la mort d’un otage. Sans oublier le nettoyage du Maersk Alabama par les forces spéciales américaines et cette capture inédite d'un navire chargé d'armes lourdes, le Faïna.
L’auteur a fréquenté aussi bien les centres de crise occidentaux que les milieux somaliens pour en dresser un portrait vu de l’intérieur.
Il démonte aussi cette image de « Robin des bois » véhiculée par ces pirates. « Des dizaines de millions d’euros de rançon sont acheminés sur les côtes, mais les malheureux Somaliens n’en voient guère la couleur. Avec l’argent, les pirates se font construire des villas dans leurs villages éloignés, prennent une seconde femme et achètent des armes et du matériel. » Dans la région, la piraterie est devenue le marché qui rapporte le plus. Elle arrose  tout le monde : les milieux politiques corrompus, les armateurs, les chefs de guerre, le petit planteur… Une piraterie qui n’a d’ailleurs rien de récent puisque ses origines remontent à la sécheresse de 1973 puis de 1986. Peu à peu, les chalutiers étrangers sont venus remplacer ceux des pêcheries somaliennes. La pêche est alors devenue un enjeu financier pour les seigneurs de guerre avec des faux permis de pêche signés avec des armateurs peu scrupuleux. Et ce n’est pas la présence de navires de guerre occidentaux qui mettra fin au phénomène. Comme en Afghanistan, le conflit est asymétrique.


Une des solutions, avec l'amélioration de l'économie, réside peut-être dans l’installation d’équipements électroniques à bord des navires. Comme le LRAD (Long range Acoustic device) qui émet des signaux sonores de 150 décibels. Ce système équipe déjà les navires de l’US Navy depuis l'attentat contre le USS Cole. Certains navires de croisière ont, eux, engagé d’anciens militaires (britanniques et israéliens notamment) pour éloigner les pirates. Pour ces soldats de fortune, la piraterie représente de nouvelles sources de revenus. Pour un job moins risqué que les conflits en Irak ou en Afghanistan.
 
Philippe Degouy
philippe.degouy@lecho.be

Pirates et commandos. Les secrets des opérations spéciales. Par Patrick Forestier. Editions du Rocher. 18 euros. 224 pages.

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