LECTURE: Studio Harcourt, 1934-2009

Est-il encore nécessaire de présenter le studio Harcourt ? Un mythe raconté en détails et formidablement illustré des plus beaux modèles du laboratoire. Un travail d’historien réalisé par Françoise Denoyelle.

(l’écho) – Créé en 1934 par deux patrons de presse, les frères Lacroix et une femme extraordinaire, Cosette Harcourt, le studio Harcourt est devenu au fil des décennies une véritable fabrique de chefs-d’œuvre. Une histoire qui n’a cependant pas été un long fleuve tranquille, avec ses faillites, ses ventes et ses reprises multiples. Mais qu’importe les soucis financiers rencontrés, l’aventure est belle et bien racontée par Françoise Denoyelle qui a effectué ici un superbe travail d’historienne. Avec l’aide de nombreux témoignages, elle a réussi à transmettre au lecteur cette magie qui transpire de chaque cliché. 

Dès l’origine, les fondateurs du studio ont misé sur la photographie de personnalités connues pour attirer ensuite une future clientèle. Le tout accompagné par des techniques commerciales directement importées des Etats-Unis.


L’ouvrage se veut un travail de mémoire certes, mais également un hommage aux photographes du studio ainsi qu’aux modèles passés devant l’objectif. Après l’histoire mouvementée du studio, l’ouvrage permet ainsi d’admirer une belle galerie de portraits de stars. Des vraies. Comme Sacha Guitry, la jeune B.B., la sublime Maria Casarès ou la magnifique Romy Schneider. Et que dire de ce cliché de Cécile de France ? A tomber, comme on dit vulgairement.
Même notre Amélie Nothomb, parfois si rebelle, n’a pas résisté à la tentation. Son dernier roman, Le voyage d’hiver,  s’est vu illustré d’un très beau portrait pris au studio Harcourt. Pourquoi pas. Quand on s'aime, on ne compte pas.
Politiciens, stars du cinéma ou du théâtre, sportifs, musiciens, tous ont rejoint au moins une fois  le studio Harcourt.
Pour l'essayiste Roland Barthes, « la photographie d’Harcourt est pour le jeune comédien un rite d’initiation,  sa véritable carte d’identité professionnelle. » Dans une société basée sur le look, l’enveloppe charnelle, s’assurer le concours du studio Harcourt s’avère un gage de réussite sociale. Devant l’objectif, chaque modèle se voit magnifié par l’utilisation de ces techniques propres au studio et qui peuvent sembler bien vieillies à l’époque du numérique. « Un cadrage serré, un fond quasi inexistant, pas plus d’accessoires et tout en lumière, en clair-obscur. » La carte de visite du studio qui permet en une séance de figer un visage dans une éternelle jeunesse.
Des modèles qui n’ont parfois, rien d’humain. Comme Edwige, l’harfang de Harry Potter ou la Harley Davidson, la barbie.

Pour l’anecdote, si vous désirez vous faire photographier, comme souvenir de votre beauté, il vous en coûtera entre 900 euros et 1900 euros, selon le cérémonial choisi.
Pas donné, certes  mais pour paraphraser un slogan publicitaire, vous le valez bien. Non ? Et puis, le cadre est somptueux avec un escalier monumental et des loges de maquillage dignes d'un plateau de cinéma. Un décorum destiné à en mettre plein la vue. Mission réussie avec ce superbe album.

Philippe Degouy
philippe.degouy@lecho.be

Studio Harcourt, 1934-2009. Par Françoise Denoyelle. Editions Nicolas Chaudun. 45 euros.
Photo : Studio Harcourt, éditions Nicolas Chaudun

 

 

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés