LECTURE: Vies de flics belges

Quand deux professionnels racontent leur vie de flics, cela donne un témoignage vivant. Jamais très loin du côté le plus sordide de la société.

(l’écho) – « Je suis un flic et je suis fier de l’être ». Le ton est donné par Jacques Deveaux.
Diplômé en journalisme et commissaire divisionnaire, il raconte avec l’aide de Jean-Jacques Leduc, commissaire de police, l’existence au quotidien de nos flics belges. Flic. Un terme plutôt péjoratif mais librement choisi par les auteurs. 
Mais au fond, c’est quoi être flic ? La question existentielle à laquelle répond Jacques Deveaux. « Flic? C’est sans doute accepter de vivre l’un des métiers les plus critiqués et les plus honnis de nos contemporains. Jamais vous n’aurez la sympathie d’autres professions plus encensées par les médias ou les organes du pouvoir. La moindre perte de sang-froid vous sera reprochée. Il y aura bien des occasions de vous demander pourquoi vous faites ce métier qui vous plonge au quotidien dans la misère humaine, la détresse ou le sang et la mort. »

Au fil des pages, dont le ton oscille entre un roman à la Simenon et un magazine de société, les auteurs témoignent d’une vie de terrain qui n’a vraiment rien de réjouissante. Entre les gardes dans des vieux bureaux à l’odeur de vieux café mélangée à la sueur et les patrouilles sur le terrain au sein de la population marginale, la vie de flic belge n’a vraiment rien de celle de ces superflics de séries télévisées. On plonge ici au cœur du sordide. Du misérable. Aucune garde n’est pareille à l’autre. Tout peut déraper à chaque instant et conduire la patrouille sur des lieux éprouvants pour les nerfs.
Quant à la vie de famille, il ne faut pas trop y penser. Comment, en effet, annoncer à une femme, des enfants, qu’il faut les quitter pour aller sur une scène de crime. Et comment expliquer pourquoi on dort parfois avec une arme chargée cachée sous le lit !
C’est cela la vie de flics. Celle qui est racontée ici et qui dévoile le côté sombre de la capitale. La nuit, quand les navetteurs sont repartis dans leurs provinces tranquilles et que les bonnes gens dorment du sommeil du juste.

Un quotidien composé d’arrestations de petits malfrats sans envergure, de casseurs venus saboter les manifestations ou les événements sportifs, d’affaires résolues par hasard, parfois. De drames aussi, comme celui du Heysel, un certain après-midi de mai 1985. Sans oublier « la puanteur des cadavres, les descentes, les enquêtes, les nuits interminables. Soit la vraie vie de flic. »

Les auteurs reviennent également sur cette réforme des polices, incomprise de la plupart des citoyens. Ceux-ci ne comprennent plus pourquoi ils n’y a plus de police de proximité, de patrouilles dans les rues…

Quant à l’adage populaire « jadis, il faisait bon vivre », les auteurs le mettent en pièces, exemples à l’appui. Cependant, si la vie à Bruxelles n’était pas beaucoup plus calme « dans le temps », au moins les policiers étaient natifs de la capitale. Aujourd’hui, ils viennent de province et ne connaissent plus les gens ou les petites rues de la capitale. L’adieu aux « ketjes » en quelque sorte.

Enfin, si vous voulez énerver un agent des forces de l’ordre, parlez de la notion de fonctionnaire de police. Comme le souligne Jacques Deveaux, « j’ai toujours su une chose en embrassant ce métier : on sait quand on commence, mais jamais quand on termine une journée ou une garde. »

Philippe Degouy
Philippe.degouy@lecho.be

Vie de flics belges. Par Jacques Deveaux et Jean-Jacques Leduc. Les éditions de l’arbre. 19 euros. 302 pages.

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