Les musées russes sur la sellette après le vol de l'Ermitage

Le vol de chefs-d'oeuvre de la joaillerie russe à l'Ermitage, commis sur plusieurs années et impliquant des collaborateurs du prestigieux musée de Saint-Pétersbourg, illustre les graves lacunes dans la protection et la gestion du patrimoine russe.

"La situation est critique", a déclaré à l'AFP Evgueni Streltchik, responsable de l'agence nationale chargée de la préservation du patrimoine, Rosokhrankoultoura, évoquant de nombreux vols commis par des employés des musées.

Dernière en date, la disparition à l'Ermitage de 221 pièces de joaillerie russe d'une valeur estimée à cinq millions de dollars "n'aurait pas pu avoir lieu sans la participation de collaborateurs du musée", a déclaré mardi le conservateur de l'Ermitage, Mikhaïl Piotrovski.

"Nous devons prendre vis-à-vis de nos collaborateurs des mesures de sécurité aussi sévères qu'à l'égard des visiteurs", a-t-il souligné, en précisant que le musée dépensait annuellement 20 millions de dollars pour assurer sa sécurité.

La police de Saint-Pétersbourg a ouvert mardi une enquête pour "vol à grande échelle" d'objets d'art qui, selon M. Piotrovski, pourraient réapparaître sur le marché des antiquités ou lors de ventes aux enchères à l'étranger comme c'est souvent le cas.

La disparition de cette joaillerie russe, principalement des émaux datant du Moyen-Âge et du XIXème siècle et exposée pour la dernière fois en 2000, est entourée de mystères.

Le dépôt qui contenait ces objets a été mis sous scellés en octobre dernier, comme le prévoit la réglementation du musée, après la mort subite d'une conservatrice, à l'âge de 46 ans.

Son successeur a découvert la disparition des pièces après la levée des scellés, lors d'une inspection de routine du ministère de la Culture qui a débuté au printemps, a raconté M. Piotrovski.

Selon lui, quatre personnes avaient accès au dépôt, où étaient gardés les objets disparus.

"Nous sommes tous choqués. L'Ermitage est un organisme fermé, un Etat dans l'Etat et c'est sûr, le vol n'a pu être commis par quelqu'un venu de l'extérieur", a déclaré à l'AFP Ioulia, 33 ans qui travaille dans le département d'art russe du musée, victime de ce vol.

Selon elle, le problème n'est pas lié à "une sécurité insuffisante mais à une atmosphère générale de négligence".

"Nous sommes ici une caste, dont la règle est la caution solidaire, on lave notre linge sale en famille", ajoute la jeune femme qui n'a pas souhaité communiquer son nom de famille.

L'Ermitage, l'un des plus riches musées du monde avec plus de deux millions et demi d'oeuvres d'art, a déjà été victime d'un vol en mars 2001 : des inconnus ont découpé de son cadre le tableau du peintre français Jean-Léon Gérôme "Un bassin au harem", resté introuvable à ce jour.

Le nouveau vol à l'Ermitage qui a porté "un coup au prestige des musées russes" pourrait donner lieu à un audit exhaustif des fonds existants, a estimé mardi le quotidien Vremia Novosteï.

"Il n'existe pas de registre centralisé. Chaque musée a son système et nous ne savons pas ce qu'il possède. Il faudrait créer un catalogue centralisé" des oeuvres du patrimoine national, a souligné M. Streltchik.

"Durant les cinq dernières années, le nombre de vols extérieurs a diminué de moitié. Mais en même temps, le nombre de vols commis par des collaborateurs des musées a augmenté", a-t-il observé.

Ces vols ont été commis notammement dans le musée de l'Histoire de Moscou, la forteresse Pierre et Paul à Saint-Pétersbourg et la galerie d'art à Astrakhan (sud).

Les musées russes ont connu une grave crise après la chute de l'URSS et la fin de financements centralisés.

Même si les grands musées ont appris à marier art et argent, les salaires de leurs employés restent nettement insuffisants par rapport à la valeur des richesses qu'ils conservent.

photo belga

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