Lucas Belvaux, "porte-voix" d'un monde du travail sans travail

"Le cinéma peut être un porte-voix", estime le réalisateur belge Lucas Belvaux, dont le film "La Raison du plus faible", à mi-chemin entre polar noir et comédie sociale (sortie le 19 juillet), prend la défense d'un monde du travail qui se retrouve sans travail.

(afp) Le réalisateur de 44 ans, qui a commencé au cinéma comme comédien ("Poulet au vinaigre"...), a choisi de suivre un groupe de laissés pour compte à Liège (Belgique), et en particulier trois hommes qui pour pouvoir offrir une mobylette à la femme de leur copain Patrick vont tenter un très gros hold-up. Le personnage de Patrick (Eric Caravaca) incarne tout le mal-être d'une société post-industrielle: en chômage longue durée, il est obligé de vivre sur le salaire de sa femme, ce qui l'humilie, et tue le temps sur le lopin de terre qu'il exploite dans un jardin ouvrier.

"Ce sont des personnages qui ont vécu avec le travail comme valeur absolue et à partir du moment où on les a privés de travail de façon brutale, ils ont l'impression de n'être plus rien", confie Lucas Belvaux. "Maintenant, dans les usines, les ouvriers deviennent une variable d'ajustement, c'est insupportable! On ne peut pas accepter ça", s'indigne-t-il. Mon film est "un peu un contre-champ au discours du plus fort que l'on entend depuis 20 ans et qui enfonce le clou tous les jours, toutes les semaines, tous les mois : 'C'est la crise, mais adaptez-vous!'", affirme-t-il.

"Les forts ne peuvent pas asséner un discours idéologique pendant des années sans entendre qu'en face qu'il y a des gens qu'on ne peut pas laisser de côté", s'indigne Lucas Belvaux. Le réalisateur belge s'insurge qu'on trouve normal de "demander de s'adapter à des gens qui ont travaillé dans un métier très dur, qui arrivent à 40-50 ans, qui sont usés physiquement, et qui n'ont jamais rien fait d'autre". "On dit tant pis: tant qu'il y a un traitement social du chômage, tant que les gens ont un toit et mangent, ça va très bien", constate-t-il. "Ben non, ça ne suffit pas. On n'est pas qu'un estomac. Il faut parler aussi en terme d'individus et d'humanité".

Et d'ajouter: "Faire du cinéma, ça permet de parler d'humain (...) On a tendance à avoir peur au cinéma du frontal, du discours qui s'assume... A un moment, il faut dire les choses, même si on se trompe. Le cinéma le permet". Le cinéaste analyse néanmoins son rôle avec lucidité: "J'envisage le cinéma comme quelque chose qui pose des questions, pas quelque chose qui apporte des réponses". Mais "La Raison du plus faible", présenté en compétition au dernier Festival de Cannes, n'est pas seulement un film politico-social. "Ca ne m'intéressait pas de n'être que dans le noir, je voulais raconter les gens dans leur partie la plus lumineuse aussi".

Et de témoigner : "Les gens que j'ai connus proches de ces personnages, ils ne se morfondaient pas à longueur de journée. Ils jouaient aux cartes, ils rigolaient, ils profitaient du jardin... C'est ce qui fait tenir les gens".

photo belga

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