Où sont les clients? Au jardin, pardi!

Avec "Artea", José, le patron, joue sur son nom. Pour se faire une nouvelle réputation dans la belle cuisine italienne.

(l'écho) Avec une fréquentation en baisse jusqu'à 50%, le mois de juillet aurait mal commencé dans de nombreux restaurants du pays. A tel point que certains grands chefs - même des étoilés - posent ouvertement la question: mais où sont passés les clients? Et d'aucuns de mettre cette désaffection sur le compte du Mondial où il n'y a plus que les Bleus pour faire monter la sauce. Explication sans doute aussi hasardeuse que les tirs au but. Au même titre que cet autre argument entendu ci et là: cette année, les juillettistes sont partis plus tôt!

Allons, trêve de balivernes. Constatons plutôt que la clémence du temps permet enfin de belles soirées gourmandes dans les maisons qui, ces derniers temps, ont davantage investi dans le teck des tables de jardin que dans l'air conditionné. Des restaurants qui proposent de véritables petites oasis de verdure en lieu et place d'un environnement de chaises bancales et de parasols pourris. Les vraies enseignes vertes se multiplient non pas à la campagne mais dans la plupart des grandes villes du pays. A commencer par la capitale. Même si le Guide Delta 2006 s'avère laxiste en la matière, regroupant sous une rubrique "plein air" à la fois les authentiques jardins et les tables en terrasse. Or, cet élémentaire distinguo, qui figurait en bonne place dans les précédentes éditions, a plus que jamais sa raison d'être. Mettre dans la même catégorie - comme c'est présentement le cas - le trottoir d'Orphyse Chaussette (au Sablon), la bonbonnière verte de Bruneau (Ganshoren) et le jardin des Copains d'abord (Woluwe-Saint-Lambert) relève du parfait ridicule.

Verte, la chaussée de Waterloo l'est chaque année davantage. A commencer par la terrasse toujours à la mode des Brasseries Georges jusqu'au tout nouveau jardin de la Brasserie du Prince d'Orange. Lequel est souvent pris d'assaut depuis sa récente ouverture. "Vert, j'espère", d'autre part avec Il Giardino, le Café Maris ou le Rallye des Autos. Et impossible de passer sous silence la fabuleuse luxuriance verte de La Cité du Dragon où Madame Luc Tu Liem soigne aussi bien sa cuisine que ses koies.

Pour l'heure, c'est le jardin-terrasse de L'Artea qui s'inscrit dans un climat de saine et motivante concurrence. Une nouvelle enseigne en lieu et place d'un Ascoli qui avait mal vieilli.

C'est José Tarea qui, depuis quelques semaines, a repris la main. Un pro de la restauration qui, avec dame Gaby, continue à co-présider aux destinées du Castello Banfi au Sablon. Et qui relève ainsi un nouveau défi: imposer dans le paysage ucclois une autre cuisine transalpine. Celle où le soleil s'invite tout naturellement à table. Qui se traduit dans des plats bien élaborés, pas trop recherchés, ayant le mérite de satisfaire les beaux appétits sans attenter au portefeuille.

Une carte courte mais bien balancée

En cuisine, on retrouve Nando Murgia, un jeune chef sarde de 25 ans qui a fait ses classes à la Fattoria et au Stelle. Il travaille une carte courte mais bien balancée où, parmi les entrées, nous avons pointé avec bonheur des calamars aux piments et citron vert (15 euros). Invitation ou souvenir de vacances: c'est selon. Idem au rayon des pâtes où le choix entre tagliolini aux tomates fraîches, tortelloni farcis, ou encore trenette al vongole (respectivement à 15, 16 et 18 euros) n'est qu'une question d'humeur pour se mettre en condition avant de faire un sort à la grosse pièce. Celle qui, l'autre soir, nous fit de l'oeil était un espadon grillé. Préparé comme il sied, avec juste ce qu'il faut de sauge. Et escorté par des pommes de terre sautées (18 euros). Annoncé à 38 euros pour 2 couverts, le bar au sel et sa nage de petits légumes est aussi une vedette d'une carte qui, malgré son apparente étroitesse, doit permettre à chacun de manger de bel appétit. Y compris les adeptes des plats minceur hésitant entre le paillard de veau au citron et l'assiette de légumes à l'huile extra-vierge (18 et 16 euros).

Après avoir roulé sa bosse en Allemagne et en France (entre autres chez Alain Chapel et avec Alain Ducasse), après avoir aussi longtemps travaillé avec Michel Beyls à l'Orangeraie dont il fut directeur de salle, José Tarea - même s'il se garde bien de négliger son pion du Sablon - s'est donc lancé dans un cavalier seul. Et l'Artea, qui sonne d'ores et déjà si bien à l'oreille, n'est autre

l'anagramme de son nom de famille.

Pour réussir, Tarea nous dit avoir cassé sa tirelire. Sans modifier la structure de base de l'établissement - particulièrement lumineuse grâce à sa belle véranda - il en a heureusement rafraîchi le décor avec une dominante de couleur beige pastel des plus reposantes à l'oeil. L'éclairage lui, a été largement modernisé avec des luminaires tout en douceur, doublés çà et là de jolis lustres vénitiens contrastant habilement avec un ensemble aux caractéristiques nettement plus contemporaines. Le mobilier, qui se veut aussi confortable que fonctionnel, est à la hauteur de l'ensemble. Mais, pour l'instant, le must de l'Artea c'est évidemment son jardin. Où sont dressées (pour une cinquantaine de couverts) les plus élégantes des tables. Toutes nappées de blanc pour donner un air de fête un tantinet chicos à des agapes en plein air. Qui, tantôt sous le soleil ou sous les parasols, tantôt sous les étoiles ou sous un clair de lune, peuvent devenir des grands moments de gourmande convivialité. Et la cordialité de ces instants sera d'autant plus vive que le livre de cave recèle quelques belles bouteilles proposées à des prix particulièrement bien ajustés. Ainsi, parmi les blancs, un irréprochable Château Reynon 2005 se vend 19 euros. Et un excellent vin corse comme le Clos Poggiale Rolle 2003 est à 21 euros. Parmi les rouges, le Brouilly Château Thivin 2005 tire au mieux son épingle du jeu (22 euros). Mais puisque l'heure est italienne, on ne boudera ni le Nobile di Montepulciano 2001 (27 euros), ni cet autre beau flacon toscan qu'est un Cabreo Il Borgo du millésime 2000. Il est proposé à 45 euros. Et tant qu'à

faire la fête, pourquoi faire l'impasse sur le Bruno Paillard Rosé Brut première cuvée annoncé à 69 euros? D'autant qu'ici le "Spumante " brille bizarrement par son absence alors qu'il a sa place non seulement à l'apéro mais aussi avec le moelleux au chocolat et les goûteux sorbets signés Pierre Giron.

En salle, comme derrière le comptoir du nouveau bar, c'est toujours le discret mais efficace Monsieur Putu qui officie. Depuis 18 ans, ce maître d'hôtel indonésien a connu tous les avatars d'une maison promise, une nouvelle fois, à un bel avenir?

Il faut sauver les dédicaces

Le surlendemain de la fête nationale, Comme Chez Soi fermera ses portes. Pour un mois. Réouverture, le 22 août. Entre-temps, Laurence et Lionel Rigolet-Wynants auront supervisé d'importants travaux puisque toute la cuisine du 3 étoiles sera entièrement transformée. Et exit le Molteni, considéré par beaucoup de chefs comme la "Rolls-Royce" des fourneaux. Lionel et son beaupère Pierre Wynants - lequel, contrairement à certaines rumeurs, se porte comme un charme - ont opté pour une marque (encore?) inconnue chez nous: l'allemande MKN. Une première belge pour ce fabricant. Et la fameuse table d'hôtes, elle aussi, sera réaménagée et pourra accueillir à nouveau une trentaine de couverts. Il faudra toutefois attendre une semaine de plus pour s'y asseoir et participer en gourmet privilégié au ballet des cuisiniers. Mais voilà, un problème s'est posé, apparemment résolu: que faire des très nombreuses dédicaces que les clients de marque ont tenu à laisser comme souvenir de leur passage sur les carrelages muraux de cet espace toujours très recherché? Des Rolling Stones à Paul Bocuse, de Catherine Deneuve à Helmut Lotti en passant par Adamo, Paul Van Himst et Eddy Merckx. Et aussi des signatures de personnages célèbres aujourd'hui disparus comme Bernard Loiseau ou les dessinateurs Folon et Roba. Le tandem Rigolet-Wynants semble soulagé: on va récupérer les dédicaces en découpant les murs sur quelques centimètres. Ouf?

Romarin

L'Artea. 940, chaussée de Waterloo. 1180 Bruxelles

Tél.: 02/372.09.79. Fermeture: le samedi midi et le dimanche

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