Rolex montre l'exemple

Un horloger du luxe? Pas seulement! La société genevoise donne aussi le ton en matière de mécénat. Précis comme une Rolex...

Tout commence en... 1905. à l'époque, Hans Wilsdorf invente la première montre étanche. Neuf ans plus tard, sa société, Rolex, obtient le certificat de classe A de l'Observatoire de Kew, réservé jusque-là aux chronomètres de marine. L'aventure ne fait que commencer? En 1927, une jeune Anglaise traverse la Manche... à la nage et sa Rolex Oyster au poignet. Arrivée sur la plage, la montre fonctionne toujours. 1953: l'horloger participe à la conquête de l'Everest. Sous peu, Jacques Piccard fixera une Rolex à l'extérieur de son bathyscaphe et plongera à 10.916 mètres. En décidant de soutenir Jacques Piccard et consorts et de leur apporter des aides financières, la marque pose les prémices de son action de mécénat.

Esprit d'entreprise

Mais le départ officiel de cette action débute il y a trente ans, lorsque Rolex prend l'initiative de désormais associer son nom à «des projets novateurs et concrets qui amélioreront les connaissances et le bien-être de l'humanité». En 1976, la société inaugure en effet les «Prix Rolex à l'esprit d'entreprise». Depuis lors, tous les deux ans, des individus se voient récompensés en raison de leurs initiatives remarquables.

Ce soutien au talent est l'une des valeurs de l'entreprise. à tel point que chez Rolex, on préfère parfois communiquer sur celui-ci que sur les produits de la marque. Au c?ur du bâtiment mère, non loin des ruelles du vieux Genève, quinze employés veillent aux destinées du «Prix Rolex à l'esprit d'entreprise» et de son petit frère, «The Rolex Mentor and Protégé Arts Initiative». Au vu des moyens mis en place, le visiteur pourrait imaginer que la vocation de l'entreprise se situe ici même?

Invitées à concourir au prochain «Prix Rolex à l'esprit d'entreprise», ce ne sont pas moins de 1.664 candidatures qui furent adressées en Suisse en 2005. Au total, 117 pays étaient «représentés». Au terme d'un processus de plus de dix mois, un jury indépendant a sélectionné dix lauréats. «Les candidats font souvent preuve de détermination, de volonté et d'originalité», confie Bruno Nelis, le chargé des relations publiques pour la Belgique. «En général, il s'agit de visionnaires engagés et inventifs. Ils sont mus par un profond désir d'améliorer les situations auxquelles ils ont été ou sont confrontés. J'avoue avoir souvent été impressionné par leur enthousiasme et leur simplicité.»

Un tel succès pour une action de mécénat a bien entendu une justification. L'assurance pour les lauréats de recevoir un chronomètre Rolex? Pas exclusivement. La certitude, pour ces mêmes lauréats, de percevoir entre 35.000 et 100.000 dollars? Sans doute. Mais le candidat primé voit surtout son projet (un programme de reboisement au Brésil, la création d'un réseau mondial de surveillance de l'ozone, etc.) mis en pleine lumière. Avec le «Prix Rolex» vient la reconnaissance internationale. Convaincre les leaders d'opinion de la justesse de l'action devient soudain plus aisé. «Plutôt que couronner des réussites bien établies et déjà largement reconnues, nous cherchons à découvrir des projets individuels inédits pour leur permettre de voir le jour», expliquait André J. Heiniger, l'ancien président de Rolex.

Les originaux transforment le monde

Pour sa onzième édition, le «Prix Rolex à l'Esprit d'entreprise» s'avère à l'image de notre époque: l'essentiel des projets récompensés répondent à des préoccupations écologiques. Cela n'enlève rien à l'action du mécène, mais force est de constater que les prix sont attribués à des actions généralement consensuelles. Ainsi, le Thaïlandais Pisit Charnsnoh a été honoré pour son action visant à «prévenir la disparition du dugong (un mammifère marin, ndlr) des eaux thaïlandaises en associant des populations côtières à la restauration de son habitat». Pas de quoi fouetter un chat, même siamois?

Les exemples de projets sont variés. Claudia Feh travaille à réintroduire le cheval de Przewalski dans les steppes de Mongolie. Lonnie Dupre mène des expéditions en Arctique afin d'attirer l'attention sur le réchauffement de la planète. Kikuo Morimoto relance la fabrication de la soie au Cambodge. Laury Cullen JR initie des agriculteurs brésiliens à la défense de leur environnement. En Géorgie, un paléoanthropologue étudie le plus ancien établissement humain connu hors d'Afrique. «Ce sont les personnes déraisonnables, les originaux, qui transforment le monde», affirmait André J. Heiniger.

Le mentor et son protégé

Afin de renforcer la position de Rolex dans l'univers artistique, la société a lancé voici quelques années un deuxième programme de mécénat intitulé «The Rolex Mentor and Protégé Arts Initiative». Plutôt qu'allouer un «simple» financement à un festival ou à une exposition, Rolex a préféré innover? L'entreprise genevoise invite, l'espace d'un an, des maîtres (des arts du spectacle, des arts visuels et de la littérature) à prodiguer conseils et enseignements à de jeunes artistes. Ces derniers ont été sélectionnés après un processus discret et impartial. Durant l'année de parrainage, chaque mentor passe six semaines au moins avec son protégé.

«Nous offrons l'occasion à des artistes occidentaux, mais aussi chinois, argentins, etc., d'approcher des personnalités difficilement accessibles et de s'enrichir auprès d'elles», commente Rebecca Irvin, la directrice des programmes de mécénat de Rolex. La société gère l'ensemble du programme en interne. «Il a transformé la vie de certains artistes», poursuit Rebecca Irvin. «Je pense notamment à Sahel Al-Hiyari, architecte jordanien qui fut, à trente-neuf ans, le protégé d'Álvaro Siza. Sahel Al-Hiyari a été invité à concourir à Koweit-City. Il a préparé un projet d'envergure avec l'aide de Siza et remporté le concours! Cela dit, nous ne demandons pas aux protégés d'aboutir à une production. Ce n'est pas le but. Nous souhaitons simplement leur donner du temps: le temps d'apprendre, de mûrir.»

Le «Mentor and Protégé Arts Initiative» a connu des mentors aussi renommés que Jessye Norman, Sir Peter Hall, Mario Vargas Llosa ou encore David Hockney. Du beau monde s'il en est. Jessye Norman ne cache par ailleurs pas son plaisir: «Il n'y a aucune obligation d'atteindre un but imposé, que ce soit pour le Mentor ou le Protégé. C'est une idée merveilleuse, c'est magnifique de la part d'une grande entreprise d'avoir conçu et réalisé un tel projet.» à noter: une Belge, Anne Teresa De Keersmaeker, participera cette année au prestigieux programme de mécénat artistique initié par Rolex.

Le fabricant de montres a choisi d'offrir du temps à ses contemporains. à la bonne heure!

Olivier de Gerval

En savoir plus: Les actions de mécénat de Rolex, notamment le "Prix Rolex à l'esprit d'entreprise" sont ouvertes à "tous". L'aventure débute par un simple "click"...:

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