Superman est de ... returns !

Si l'on en croit les spécialistes de la BD, le super-héros, super-homme, Superman, a l'âge de la retraite bien méritée

(l'echo) Superman serait né en 1938, de l'imagination et du dessin du tandem unisexe Jerry Siegel et Shoe Shuster, géniteurs vedettes de «comicbooks», brochures BD éditées à New York par la légendaire maison«DC Comics», qui a donné ses lettres de diffusion à la littérature dessinée.

Né beaucoup plus tard au grand cinéma populaire avec un «Superman: the Movie» de Richard Donner, en 78 - et avec une cote peu enthousiaste de 3/10, due sans doute à notre allergie générale au genre -, le glorieux sexagénaire se défend toutefois mieux que bien dans «Superman Returns», le blockbuster estival.

Est-ce dû au fait que le bonhomme, né Kal-El, littéralement Le Parfait, dans une lointaine planète Krypton, aujourd'hui disparue, a été délocalisé sur terre par son père Jor El, le Tout-Puissant, «pour se fondre dans le genre humain, qui désire et peut constituer un bel et bon monde. Mais il lui manque une lumière pour l'éclairer sur le chemin à suivre. C'est pourquoi je t'envoie, toi, mon fils unique, pour guider les hommes...» Kal-El atterrit ainsi au Texas, sur les terres des pauvres fermiers qui adoptent cet enfant comme un cadeau du ciel et lui donnent leur nom: Clark Kent. Et ce jeune homme qui n'en est donc pas un, mais est obligé de faire semblant, développe des dons surnaturels qui lui permettent des exploits hors de portée du commun des mortels. Des miracles en tous genres, qui lui valent bientôt dans le menu peuple une réputation d'homme d'acier, «Steel Man» en VO du film. Tout de même pas marcher sur l'eau, comme qui vous savez. Mais voler dans les airs, par exemple. Lorsque les choses se sont plus ou moins arrangées aux dépens des forces du mal, incarnées par l'odieux Lex Luthor, Clark Kent, l'homme d'acier, le Superman annoncé, s'élève dans les cieux pour retourner dans un ailleurs d'où il vient, et que le film se garde bien de nous faire visiter...

Vous avez dit «Ascension»?

Eh oui! Nous ignorons s'il en est ainsi depuis les premiers dessins de Siegel et Shuster. Mais dans l'actuel , le côté christique du héros sous-tend si intensément les gags BD les plus farfelus qu'on en vient à imaginer que les auteurs, le réalisateur Bryan Singer et ses co-scénaristes Michael Dougherty et Dan Harris, ont voulu donner un petit air de «Da Vinci Code» à cette énième évocation des exploits de leur super-héros, le premier, paraît-il, venu d'une planète extérieure dans l'histoire de la BD. Avec des séquences allant de l'Epiphanie à l'Ascension, telle Superman les bras en l'air comme Jésus en croix, ou celle qui fait penser à la trahison de Judas dans «The Passion of the Christ» de Mel Gibson, 04, 15/20.

Notre consoeur new-yorkaise Manhola Dargiss relève même que, dans cet esprit, les vêtements des héros sont en rouge et bleu, couleurs de ceux de la Vierge Marie dans la plupart des tableaux des maîtres de la Renaissance... S'il en est ainsi, on constatera que ce «Da Superman Code» de BD ne risque tout de même pas de provoquer une réaction indignée de l'Église catholique. Et pourtant, cette fois, la Marie-Madeleine du héros (Lois Lane) s'est mariée à un autre et a fait un enfant en son absence.

Encore que...

On croyait le parcours cinématographique de «Superman» terminé avec les trois films qui se sont littéralement enchaînés pour presser le juteux citron du retentissant succès signé par Richard Donner, avec un héros incarné par un Christopher Reeve dont la carrière fut brutalement stoppée quelques années plus tard par une chute de cheval. Ayant entre-temps fait la preuve d'un talent plus oecuménique en «Monsignore» du Vatican de mèche avec la mafia (83, 4/10), Christopher Reeve fut encore deux fois «Superman» dans des suites numérotées, en 80 et 83, où Richard Lester dopa l'histoire d'un humour qui fit monter la cote, respectivement à9/10 et 7/10.

Mais le brillant titulaire du rôle ne peut empêcher la dégringolade et retour à la cote départ de 3/10 avec un numéro 4 signé Sydney Furie en 87.

Depuis, plus rien, sauf dans les années 90 des mini-séries de télé, vite essoufflées comme «The New Adventures of Superman» et «Smallville» qui n'allèrent guère au-delà des chaînes américaines.

Ce qui a pu pousser un réalisateur à gros succès commerciaux comme Bryan Singer («X-Men», 2000; «X2:X-Men United» en 2003, tous deux 4/10) c'est évidemment les récents progrès technologiques qui ont permis au cinéaste de souligner les changements sociaux intervenus depuis le modèle filmé par Richard Donner en 78.

Effets spéciaux

A ce titre, la cerise sur le gâteau attractif de ce «Superman Returns» est la tête authentique de Marlon Brando, littéralement ressuscitée pour figurer le personnage du tout-puissant père du héros que le comédien, mort le 1er juillet 2004, avait créé pour le film original de Richard Donner en 78.

Le producteur Chris Lee a réalisé cet exploit technique en restaurant numériquement des scènes du négatif de 78, où le Tout-Puissant Jor El apparaît à son fils sous forme d'une tête géante.

Autre effet saisissant qui explique un budget global de 250 millions de USD: une vingtaine de minutes d'images Imax en 3D tournées classiquement en 35 mm courant, grâce à une caméra Genesis, permettant la transformation technique. Imaginée pour tenter d'empêcher le piratage du film, dit-on, cette attraction n'est appréciable que dans les salles Imax. Ces innovations n'ont pas empêché Bryan Singer de s'en tenir aux bonnes vieilles recettes de Richard Donner pour conter une histoire dont on connaît à l'avance toutes les péripéties: une ville en détresse, un méchant bien méchant, et Superman qui se met en bleu-et-rouge pour sauver le monde grâce à sa force herculéenne et au-delà. À commencer par le choix d'un inconnu pour le rôle titre comme l'avait été Christopher Reeve à l'époque: un gars plutôt beau, bien baraqué, l'air un peu bête (pardon!) nommé cette fois Brandon Routh, ressemblant assez, physiquement, au héros des comics de Siegel et Shuster.

Et puis avec des anecdotes bon enfant comme faire de Lois Lane (Kate Bosworth), la femme de la vie de Superman, une journaliste vedette de «The Daily Planet», lauréate du Prix Pulitzer qui a des déficiences en matière orthographique: «Combien faut-il de f à catastrophe?»... qui s'écrit en anglais comme en français.

Bref: plus qu'il n'en faut pour prouver qu'à l'instar du canard d'un sketch de Robert Lamoureux, «Superman» est toujours vivant.

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