Transsexualité et pudeur

(l'echo) "Transamerica" est un film complexe. C'est l'histoire de la transsexuelle Bree (Stanley, auparavant), sur le point de se faire opérer des 20 cm de chair qui font la différence. C'est aussi l'histoire d'un gamin de 17 ans, Toby, un "rent boy", équivalent mâle des call-gils, sorti de prison par Bree pour être présenté à un père qui n'est pas le sien et l'a violé comme gosse, avant que sa vraie mère se suicide. C'est encore, au passage, l'histoire anecdotique d'un groupe de fofolles de l'Amérique profonde qui s'invitent, dans leur bordel-club en Arizona: "Viens voir: Félicia nous montre son nouveau vagin".

Et finalement, c'est l'histoire d'un père, le Bree-Stanley annoncé, qui retrouve, en traversant les Etats-Unis de New York à la Californie, ce fils Toby, dont il ignorait complètement l'existence, pour le reperdre à peu près aussi vite?

Waouw Avec de tels éléments, on se dit que le petit cochon qui sommeille dans chaque spectateur va se réjouir.

Erreur, vos honneurs! Ce premier film de Duncan Tucker est à la fois drôle, voire carrément comique tendance dramatique, mais surtout, il est tendre, pudique, discret et, jamais, jamais vulgaire, ni salace. «Transamerica» nous offre bien entendu toute une série d'anecdotes dans la meilleure tradition du «road movie». Cela va de la rencontre avec un jeune hippie sympa (comme Brad Pitt dans «Thelma et Louise», 91, 20/20) mais qui leur vole leur voiture et son contenu, à celle d'un cow-boy un petit peu, beaucoup Indien, qui se sent des affinités avec Bree: «Si vous m'appelez, j'accours?»

Mais si cette séquence est d'une grande tendresse, celle des retrouvailles de Bree ex-Stanley avec sa propre famille - un père mollasson (Burt Young), une jeune s?ur enthousiaste (Carrie Preston) et une mère intransigeante (Fionnula Flanagan) qui vomit la déviation sexuelle de son fils, mais est heureuse d'accueillir un petit-fils en la personne de Toby?

Outre qu'elles entretiennent agréablement la narration, toutes ces rencontres, légères, sentimentales, ou tragi-comiques, comme celles d'une halte dans un sinistre motel où l'on n'aime pas les étrangers qui ne boivent pas alcoolisé, dopent agréablement la narration.

Ces rencontres enrichissent le road-movie d'un substrat social nourri de réparties réjouissantes, qui doivent faire mouche dans l'Amérique profonde, ultra-prude et religieuse d'aujourd'hui.

Maggy et Pierre Thonon

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