Un vivifiant courant d'art souffle sur le littoral

Le cru 2006 de Beaufort est reparti à l'assaut pour que les vacanciers ne bronzent pas idiots!

En 2003, souvenons-nous, la première édition de cette triennale de la mer du Nord était lancée par Willy Van den Bussche, audacieux conservateur du PMMK, Musée d'art moderne d'Ostende.

Inside

Point de départ: ledit musée réunissait sur le thème «Marines côtes à côtes» une belle brochette d'?uvres signées Ensor, Spilliaert, Luc Tuymans, Emil Nolde et bien d'autres. La fête se poursuivait tout au long de la côte où sculptures et installations investissaient les rivages. Dans le même esprit, le cru 2006 a le même point de départ: le PMMK articulant, cette fois, l'événement autour de René Magritte considéré par Willy Van den Bussche comme figure de proue de l'art contemporain, «père du mystère et de l'utopie» pour qui la mer fut un incontournable sujet de réflexion. Dix toiles dont «Le sang du monde», un excellent portrait d'Adrienne Crowet et une sculpture représentant un étonnant «Rideau de bronze» forment l'épine dorsale de l'exposition Inside qui n'évoque pas toujours la mer mais réunit, autour de Magritte, des exercices de style pratiqués par les 30 artistes sélectionnés dans le cadre de Beaufort 2006, ainsi de cette toile décoiffante et colorée signée Chéri Bamba représentant «Le pardon du pape Jean-Paul II». De ces ?uvres graphiques de Louise Bourgeois, poignants dessins et pointes sèches, évoquant encore et toujours ses relations familiales houleuses ou encore de ces «Bom boys», mi-comiques mi-tragiques de Jane Alexander, en référence aux bandes de jeunes actives dans la périphérie de Cap Town, sa ville natale.

Outside

Mais outside, le parcours artistique de plein air est bien plus passionnant. D'Ostende, nous sommes partis vers l'ouest. Au cimetière de OLV Ter Duinkerke (Ostende), une gigantesque araignée de bronze intitulée «Maman» veille sur la tombe de James Ensor et le bouleversant spectacle de cette bestiole de 9 mètres de haut, imaginée par Louise Bourgeois, donne la chair de poule même si l'artiste confère à l'araignée une connotation positive. Comme l'araignée, ici enceinte, Louise Bourgeois crée à partir de rien... mais que cette création est douloureuse.

Dans les ruines de l'Abbaye des Dunes de Coxyde, l'italien Mimmo Paladino a placé une série de statues en terre cuite, en position f?tale. Il les nomme «I dormienti» en évocation des habitants pétrifiés de Pompéi et ces personnages endormis racontent «le silence devenu palpable» à l'instar des civilisations passées. Du passé au présent, il n'y a qu'un pas et la plage de La Panne pourrait bien vibrer sous les pas d'un troupeau d'éléphants se dirigeant vers la mer. Ces pachydermes ont été réalisés par l'artiste sud-africain blanc Andries Botha, avec une équipe de compatriotes noirs en mémoire des nombreux fermiers du Westhoek partis, au XVIIe siècle, chercher une vie meilleure en Afrique du Sud. Les éléphants sont montés à partir d'un squelette métallique sur lequel on a fixé de petites plaques de bois exotique qui font office de peau et symbolisent la persévérance. Botha, en quête de l'identité africaine, donne des réponses émotionnelles au contexte dans lequel il vit.

A l'autre bout de la côte, le chinois Zhan Wang a construit une île flottante entre le Zwin et Le Zoute. 15 mètres de long et 5 de large, en inox, abritant un petit temple que les curieux pourront «zieuter» au moyen de jumelles prévues à cet usage!

Hep, on se réveille... On n'est pas à Lhassa mais à Knokke-Le Zoute.

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés