Un zoo pas comme les autres

A l'ombre de la Tour Sainte-Catherine, en plein coeur de Bruxelles, la première centrale électrique de la ville construite en 1901 a trouvé une nouvelle vocation. Ce bâtiment semi-industriel de 1.000 m2, aux murs de briques et aux verrières voûtées, accueille une exposition pas comme les autres abordant la thématique de l'animal dans l'art contemporain, un sujet qui taraude l'histoire de l'art depuis la nuit des temps et n'a pas fini d'interpeller les artistes, fascinés qu'ils sont par l'ambiguïté de la relation liant l'homme à l'animal.

«Fille chanceuse et singe avec maracas», Jane Alexander - Photo Centrale Electrique

Une trentaine d'artistes, belges et étrangers, sont ici réunis pour exprimer leurs fantasmes qui, de salle en salle, se font ironiques, absurdes, cruels, fantasques...

Les enfants adorent. Nous l'avons vérifié. C'est bien connu, ils aiment se faire peur. Les adultes participent, parfois dubitatifs, à ces jeux de l'esprit où il arrive que création rime avec transgression. Une exposition thématique comme celle-ci ouvre des perspectives infinies au vécu de chacun.

Sur le thème du zoo, Fabienne Dumont, transfuge du regretté Centre d'art contemporain de la Communauté française, et Pascale Salesse, directrices de ce nouveau lieu d'art, ont pour objectif de montrer de l'art contemporain de qualité, accessible à un large public y compris scolaire (rien à voir avec le projet «Wiels» prévu pour fin 2006). Ne faisons donc pas la fine bouche même si la qualité n'est pas toujours au rendez-vous et laissons-nous séduire par la diversité des sculptures, installations, toiles, vidéos et dessins contant l'animal tel que ni Esope ni La Fontaine ne l'auraient imaginé! Qu'on le veuille ou non, le clonage a fait son apparition et la science-fiction fait le reste comme si l'homme jalousait la force vitale de la bête.

Certains artistes nous rappellent la beauté de l'animal comme cette vidéo du norvégien Per Maning représentant une jument pleine et palpitante d'une grande humanité ou cette photo d'une puissante croupe de cheval - mâles attributs assurant la survie de l'espèce - signée Eric Poitevin et qui aurait pu être l'emblème majestueux de la récente Foire agricole de Libramont.

D'autres évoquent, tout en symbolique, l'union quasi mystique de l'homme et l'animal partageant la même souffrance, telles ces créations monumentales du gantois Berlinde De Bruyckere dont les chevaux culbutés - en polyester couverts de peau - créent un terrible choc et rappellent les champs de bataille de la Première Guerre mondiale.

Il y a le meilleur ami de l'homme comme le chien du «Stone Totem» fixé sur polaroïd dans un dépouillement digne de l'art conceptuel, par l'américain William Wegman. Il y a les peluches, un peu stupides, de Charlemagne Palestine. Celles, un peu perverses, de Pascal Bernier. Il y a les plâtres masqués du sud-africain Jane Alexander exhalant un sentiment de désespoir et de douloureuse solitude. Dans une superbe série de dessins tracés à la plume, le canadien Robert Racine évoque le vautour, ce «paria du monde animal» au regard tantôt hautain, tantôt triste, tantôt cruel, distant, coléreux, détaché... Presque humain en somme. Quant au photo-montage du chien de l'artiste russe Oleg Kulik, il témoigne de la petitesse de l'homme devant la nature. De quoi rester humble!

Des araignées velues, des lamas poilus, des caniches rouges, des chiens en tonalités de gris, des pingouins bleus, un chat cycliste (tiens, on échappe à Geluck), un crocodile naturalisé, gueule ouverte, et même un pinson d'amour forment une étrange cohorte d'animaux dialoguant avec l'homme.

Cohabitation pas toujours pacifique!

Colette Bertot

Centrale électrique

place Sainte-Catherine, 44.

Jusqu'au 8 octobre. Du mercredi au dimanche, de 11 h à 18 h.

Le jeudi, jusqu'à 20 h.

Info: 02/279.64.44.

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés