Vichy n’a pas joué de double jeu avec Londres contre Berlin

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L’historien Bernard Costagliola analyse la position inconfortable de la marine française sous Vichy, coincée par le blocus britannique et instrumentalisée par les partisans de la collaboration avec l’Allemagne.

(L'Echo) - Vichy et la marine : voilà un sujet peu abordé sur la seconde guerre mondiale et qui, pourtant, ne devrait pas surprendre. Après l’armistice de juin 1940 en effet, la marine et l’Empire constituent les principales cartes du jeu vichyssois. L’amiral Darlan (photo), surtout, grand patron de la marine, ne faisait pas secret de sa volonté d’utiliser la flotte française pour plaire à Hitler. Le problème, c’est que la France était coupée du grand large.

Petit rappel des faits. Le 3 septembre 1939, Londres et Paris élaborent une stratégie de blocus visant à étouffer l’économie du Reich au cours d’une guerre d’usure. Le 22 juin 1940 intervient la signature de l’armistice franco-allemand. Churchill ordonne dès lors l’extension de la surveillance maritime aux dépens de l’ancien allié. Londres rétrograde ainsi la France du rang d’acteur à celui de victime du blocus.

Certains ont prétendu après la guerre que Vichy et Londres avaient conclu à la fin de l’automne 1940 un accord secret permettant de desserrer le blocus. Cette thèse du double jeu mené par Vichy dans le dos des Allemands est envoyée par le fond par l’historien français Bernard Costagliola, qui a étudié à fond les archives françaises, américaines et anglaises. L’auteur est lui-même petit-fils d’un commandant au long cours fidèle à Darlan.

Certes, dans les faits, le blocus n’était pas hermétique, mais cela n’avait rien à voir avec un quelconque double jeu. C’était lié à trois facteurs. Un : la Royal Navy n’avait pas les moyens de tenir un blocus. Deux : tant Londres que Vichy ne souhaitaient pas en arriver à un clash frontal. Trois : Roosevelt tenait à ce que Vichy obtienne une assistance minimum afin de conserver un autre partenaire que de Gaulle dont le président se méfiait.

L’ouvrage de Costagliola est superbement préfacé par l’historien américain Robert O. Paxton, qui fut le premier à étudier Vichy en profondeur, à une époque où le sujet était encore largement tabou en France.

Jean-Paul Bombaerts

"La marine de Vichy: blocus et collaboration", Bernard Costagliola (préface de Robert Paxton), éditions Tallandier, 410 pages, 25 euros

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